Deuxième version
¤L’ORPHELINE.
49.

L’ORPHELINE.
ii
seigneur, d’aimable figure,
lant d’esprit et brillant de parure,
«tiges tout-puissans sur la simplicité,
Voulut séduire une jeune beauté
,
''
s appui dans le monde, elle était orpheline,
Et se nommait Pauline.
''auline, hélas! a perdu le repos.
De vifs regards, de séduisans propos
Iroublent la paix de cette ame ingénue ;
aa4 POESIES

Elle aime enfin, et son heure est venue.
Pour un ingrat devait-elle sonner
?
Mais, pour craindre cette heure, il faut la deviner
;
Et l’
Orpheline, en sa première flamme,
Rêve l’amour aussi pur que son
ame.
Six mois ainsi coulent rapidement.
Tout est bonheur, ivresse, enchantement.
Un villageois, qui soupirait pour
«lie,
Renferme alors sa tendresse fidèle
;
Edmond n
e la suit plus, et cache à tous les yeux
Son humble hommage et ses timides vœux.

Sans le vouloir, Pauline a su lui plaire ;
Edmond n’a pu que l’aimer et se taire.
L’amour modeste est souvent
méconnu ;
Pour éblouir il est trop ingénu.
Sans s’occuper d’un amant qu’elle ignore,
Pauline est tout à celui qu’elle adore
;
Elle ne voit encor dans l’avenir

DIVERSES. aa5

Que le moment où l’ingrat doit venir
;
Et, respectant le séducteur qu’elle ai
nie,
Croit n’adorer que la sagesse même.
Pensive et seule, elle y rêvait un soir :
Dans sa cabane il entre avec l’espoir.
L’amour, la nuit
-, la crainte, le silence,
Tout est d’accord pour perdre l’innocence.
Les yeux baissés, d’un air naïf et doux,
Elle pleure en voyant son seigneur à genoux.
Riant tout bas de ses tendres alarmes,
A peine il voit sa pâleur et ses larmes.
Sans deviner qu’on lui vole un plaisir,
Pauline, hélas ! en eut le repentir.
Le lendemain, dans sa simple demeure,
Avec l’Amour elle attendit en vain ;
Elle attendit encor le lendemain,
Le
mois entier, chaque jour, à toute heure !
Par le remords lentement déchiré,

aaâ
POÉSIES
D’un sombre ennui son cœur est dévoré.
Elle offre à Dieu cet amour qui l’opprime
:
Puisqu’il fait tant de mal, il faut qu’il soit un crime.
Mais, ne vivant que par le souvenir,
Le passé la poursuit jusque dans l’avenir.
Plus de sommeil ; Pauline en vain l’appelle ;
Pour le malheur il est sourd et rebelle.
Plus de vertu, plus d’amis, plus d’amant
;
Tout est perdu par l’erreur d’un moment.
C’est la fleur du vallon sur sa tige abattue

Par
le frimas qui l’effeuille et la tue.
C’était l’hiver : la saison de l’Amour

Semblait avoir disparu sans retour.
Assise, un soir, au bord de sa chaumière,
Pleurant sa honte et fuyant la lumière,
Un bruit soudain fait tressaillir son cœur ;
Un char léger ramène son vainqueur

DIVERSES. aa7

Il a parlé
c’est la voix qu’elle adore :
«
C’est lui ! dit-elle, il vient, il m’aime encore! »
Mais un regard fait tout évanouir ;
L’espoir s’enfuit..
. Pauline va mourir.
Oui, c’est l’ingrat qu’elle attend et qu’elle aime.
Mais peignez-vous son désespoir extrême
!
Il n’est pas seul. Il entraîne, à son tour,
L’objet nouveau de son volage amour.
A cette vue, immobile et glacée,
Le cœur saisi d’une affreuse pensée,
Pauline au ciel jette un cri douloureux,
Tombe à genoux et détourne les yeux.
Le froid du soir circule dans ses veines
;
Son
ame s’engourdit dans l’oubli de ses peines ;
Et, prenant par degrés le sommeil pour la mort,
En embrassant la terre, elle pleure et s’endort.
Dieu, qui la plaint, l’enveloppe d’un songe
;
nS POESIES

Et la pitié descend sur l’aile du mensonge
.
Elle croit voir un
Ange protecteur
La ranimer doucement sur son c
œur,
Presser sa main, l’observer en silence,
Les yeux mouillés des pleurs de l’indulgence.
« Dieu vous a donc envoyé près de
moi,
«
Lui dit Pauline, et vous suivez sa loi ?
Si la vertu vient essuyer mes larmes,
Parlez ! sa voix aura pour moi des charmes.
Voyez mon sort, voyez mon repentir! »
On lui répond par un profond soupir.
Son
œil mourant s’entr’ouvre à la lumière...
L’
Ange est Edmond à genoux, sur la pierre,
Qui, plein d’effroi, soutient, d’un bras tremblant,
Ce corps glacé qu’il réchauffe en pleurant.
« Ne craignez rien, dit l’amant jeune et sage
;
«
Sans défiance appuyez-vous sur moi ;
«
Notre cabane est au bout du village;
DIVERSES.
«
Un cri plaintif vient d’y porter l’effroi.
o Ma mère attend, venez près de ma mère ;
Vous lui direz le sujet de vos pleurs;
« Ma
mère est bonne, elle plaint vos douleurs ;
« Soyez sa fille, et moi...je serai votre frère.
« —
Hélas! dit-elle, avec même douceur,
Soyez mon frère, et sauvez votre sœur. »
Ja9
20

  Première version
¤L’ORPHELINE.
Un seigneur, d’aimable figure,
Brillant d’esprit et brillant de parure,
Prestiges tout puissans sur la simplicité,
Voulut séduire une jeune beauté
;
San
s appui dans le monde, elle était orpheline,
Et se nommait Pauline.
Pauline, hélas! a perdu le repos.
De vifs regards, de séduisans propos
Troublent la paix de cette âme ingénue ;
Elle aime enfin, et son heure est venue.
Pour un ingrat devait-elle sonner
?
Mais, pour craindre cette heure, il faut la deviner
;
Et l’
orpheline, en sa première flamme,
Rêve l’amour aussi pur que son
âme.
Six mois ainsi coulent rapidement.
Tout est bonheur, ivresse, enchantement.
Un villageois, qui soupirait pour
elle,
Renferme alors sa tendresse fidèle
,
N
e la suit plus, et cache à tous les yeux
Son humble hommage et ses timides vœux.

198
POÉSIES,
Sans le vouloir, Pauline a su lui plaire ;
Edmond n’a pu que l’aimer et se taire.
L’amour modeste est souvent
méconnu ;
Pour éblouir il est trop ingénu.
Sans s’occuper d’un amant qu’elle ignore,
Pauline est tout à celui qu’elle adore
;
Elle ne voit encor dans l’avenir

Que le moment où l’ingrat doit venir
;.
Et, respectant le séducteur qu’elle ai
me,
Croit n’adorer que la sagesse même.
Pensive et seule, elle y rêvait un soir :
Dans sa cabane il entre avec l’espoir.
L’amour, la nuit
, la crainte, le silence,
Tout est d’accord pour perdre l’innocence.
Les yeux baissés, d’un air naïf et doux,
Elle pleure en voyant son seigneur à genoux.
Riant tout bas de ses tendres alarmes,
A peine il voit sa pâleur et ses larmes.
Sans deviner qu’on lui vole un plaisir,
Pauline, hélas ! en eut le repentir.
Le lendemain, dans sa simple demeure,
Avec l’Amour elle attendit en vain ;
Elle attendit encor le lendemain,
Le
mois entier, chaque jour, à toute heure !
Par le remords lentement déchiré,

D’un sombre ennui son cœur est dévoré.
Elle offre à Dieu cet amour qui l’opprime
;
Puisqu’il fait tant de mal, il faut qu’il soit un crime.
Mais, ne vivant que par le souvenir,
Le passé la poursuit jusque dans l’avenir.
Plus de sommeil ; Pauline en vain l’appelle ;
Pour le malheur il est sourd et rebelle.
Plus de vertu, plus d’amis, plus d’amant
,
Tout est perdu par l’erreur d’un moment.
C’est la fleur du vallon sur sa tige abattue

Par
le frimas qui l’effeuille et la tue.
C’était l’hiver : la saison de l’Amour

Semblait avoir disparu sans retour.
Assise, un soir, au bord de sa chaumière,
Pleurant sa honte et fuyant la lumière,
Un bruit soudain fait tressaillir son cœur ;
Un char léger ramène son vainqueur
......
Il a parlé
..... c’est la voix qu’elle adore ;
C’est lui ! dit-elle ; il vient, il m’aime encore.
Mais un regard fait tout évanouir ;
L’espoir s’enfuit..
... Pauline va mourir.
Oui, c’est l’ingrat qu’elle attend et qu’elle aime.
Mais peignez-vous son désespoir extrême
!
Il n’est pas seul. Il entraîne, à son tour,
L’objet nouveau de son volage amour.
A cette vue, immobile et glacée,
Le cœur saisi d’une affreuse pensée,
Pauline au ciel jette un cri douloureux,
Tombe à genoux et détourne les yeux.
Le froid du soir circule dans ses veines
;
Son
âme s’engourdit dans l’oubli de ses peines ;
Et, prenant par degrés le sommeil pour la mort,
En embrassant la terre, elle pleure et s’endort.
Dieu, qui la plaint, l’enveloppe d’un songe
;
Et la pitié descend sur l’aile du mensonge
;
Elle croit voir un
ange protecteur
La ranimer doucement sur son c
æur,
Presser sa main, l’observer en silence,
Les yeux mouillés des pleurs de l’indulgence.
« Dieu vous a donc envoyé près de
moi
»
Lui dit Pauline, et vous suivez sa loi ?
Si la vertu vient essuyer mes larmes,
Parlez ! sa voix aura pour moi des charmes.
Voyez mon sort, voyez mon repentir ! »
On lui répond par un profond soupir.
Son
qil mourant s’entr’ouvre à la lumière....
L’
ange est Edmond à genoux sur la pierre,
Qui, plein d’effroi, soutient, d’un bras tremblant,
Ce corps glacé qu’il réchauffe en pleurant.
« Ne craignez rien, dit l’amant jeune et sage
;
»
Sans défiance appuyez-vous sur moi;
»
Notre cabane est au bout du village ;
»
Un cri plaintif vient d’y porter l’effroi.
DIVERSES. 201
» Ma
mère attend, venez près demamère ;
Vous lui direz le sujet de vos pleurs ;
» Ma
mère est bonne, elle plaint les douleurs ;
Soyez sa fille, et moi.... je serai votre frère. »
2 –
Hélas ! dit-elle, avec même douceur,
Soyez mon frère, et sauvez votre soeur. »..
Il semble que votre navigateur par défaut ne supporte pas ce logiciel.


Pour remédier à cela procédez comme suit :

1. Téléchargez une copie de Mozilla Firefox ou de Google Chrome.

2. Ouvrez une fenêtre du navigateur que vous venez de télécharger.

3. Ouvrez le disque et glissez-déposez le fichier index.html sur la fenêtre du navigateur.