Deuxième version
¤LE BERCEAU D’HELENE.
17.

LE
BERCEAU D’HÉLÈNE.
fc u’a-t-on fait du bocage où rêva mon enfance?
OIi
! je Je vois toujours’.j’y voudrais être encor!
Au milieu des parfums j’y dormais sans défense,
E
lle soleil sur lui versait des rayons d’or;
Peut-être qu’à cette heure il colore les roses,
Et que son doux reflet tremble dans le ruisseau
;
Viens couler �
mes pieds, clair ruisseau qui l’arroses;
Sous tes flots transparens montre-moi le berceau.

Viens, j’attends ta fraîcheur, j’appelle ton murmure
;
aoo POESIES

J’écoute, réponds-moi !
Sur tes bords
, où les fleurs se fanent sans culture,
Les fleurs ont besoin d’eau,
mon cœur sèche sans toi.
Viens
, viens me rappeler, dans ta course limpide,
Mes jeux, mes premiers jeux, si chers, si déc
èvans,
Des compagnes d’Hélène un souvenir rapide,
Et leurs rires lointains, faibles jouets des vents.
Si tu veux caresser mon oreille attentive,
N’as-tu pas quelquefois, en poursuivant ton cours,
Lorsqu’elles vont s’asseoir et causer sur ta rive,
N’as-tu pas
entendu mon nom dans leurs discours?
Sur les roses peut-être une abeille s’élance :
Je voudrais être abeille et mourir dans les fleurs
,
Ou le petit oiseau dont le nid s’y balance
!
Il chante, elle est heureuse
; et j’ai connu les pleurs.
Je ne pleurais jamais sous sa voûte embaumée ;
Une jeune Espérance y dansait sur mes pas :

DIVERSES.

Elle ven
oit du ciel,. dont l’enfance est aimée ;
Je dansais avec elle
; oh ! je ne pleurais pas.
Elle m’avait donné son prisme
, don fragile !
J’ai regardé la vie à travers ses couleurs.
Que la vie était belle
! et, dans son vol agile,
Que ma jeune Espérance y répandait de fleurs !
Qu’il était beau
l’ombrage où j’entendais les Muses
Me
révéler tout bas leurs promesses confuses ;
Où j’osais leur répondre, et, de ma faible voix

Bégayer le serment de suivre un jour leurs lois !
D’un souvenir si doux l’erreur évanouie

Laisse au fond de
mon ame un long étonnement.
C
est une belle aurore, à peine épanouie,
Qui meurt dans un nuage
; et je dis tristement :
Qu’a-t-on fait du bocage où rêva mon enfance?
Oh
! j’en parle toujours ! j’y voudrais être encor !,
Au milieu des parfums j’y dormais sans défense,

aoa POESIES

Et le soleil sur lui versait des rayons d’or.
Mais au fond du tableau, cherchant
des yeux sa proie,
J’ai vu
je vois encor s’avancer le Malheur.
Il errait comme une ombre, il attristait ma joie
Sous les traits d’un vieux oiseleur
;
Et le vieux oiseleur, patiemment avide,
Aux piéges, avant l’aube, attendait les oiseaux
;
Et le soir il comptait, avec un ris perfide,
Ses petits prisonniers tremblans sous les réseaux.
Est-il toujours bien cruel, bien barbare,
Bien sourd à la prière? et, dans sa mai
u avare,
Plutôt que de l’ouvrir,
Presse-t-il sa victime à la faire mourir ?
Ah
! du moins, comme alors, puisse une jeune fille
Courir, en frappant l’air d’une tendre clameur,
Renvoyer dans les cieux la chantante famille,
Et tromper le méchant, qui faisait le dormeur
!
DIVERSES.

DIVERSES.
-2o3
Dieu
! quand ou le trompait, quelle était sa colère!
II
fallait fuir : des pleurs ne lui suffisaient pas ;
Ou, d’une pitié feinte exigeant le salaire,
Il pardonnait tout
haut, il maudissait tout bas.
Au pied d’un vieux rempart, une antique chaumière

Lui servait de réduit
;
H
allait s’y cacher tout seul et sans lumière,
Comme l’oiseau de nuit.

Un soir, en traversant l’église abandonnée,
Sa voix nomma la Mort. Que sa voix me fit peur !
Je m’envolai tremblante au seuil où j’étais née,
Et
j’entendis l’écho rire avec le trompeur.
« Dis, qu’est-ce que la Mort
? » demandai-je à ma mère.
« —
C’est un vieux oiseleur qui menace toujours.
Tout tombe dans ses rets, ma fille, et les beaux jours
S’éteignent sous ses doigts comme un souffle éphémère. »
Je demeurai pensive et triste sur son sein.
204 POESIES.
Depuis, j’allai m’asseoir aux tombes délaissées t''.
Leur tranquille silence éveillait mes pensées ;
Y cueillir une fleur me semblait un larcin.
i
L’aquilon m’effrayait de ses soupirs funèbres.
La voix, toujours la voix m’annonçait le Malheur
;
Et quand je l’entendais passer dans les ténèbres,
Je disais : « C’est la Mort ou le vieux oiseleur. »
Mais tout change : l’autan fait place aux vents propices,
La nuit fait place au jour,
La verdure, au printemps, couvre les précipices
y
Et l’hirondelle heureuse y chante son retour
.
Je revis le berceau, le soleil et les roses.
Ruisseau, tu m’appelais, je m’élançai vers toi.
Je t’appelle à mon tour, clair ruisseau qui l’arroses
;
J’écoute, réponds-moi!
Qu’a-t-on fait du bocage où rêva mon enfance ?
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Oh ! je le vois toujours ! j’y voudrais être encor !
Au milieu des parfums j’y dormais sans défense,
Et le soleil sur lui versait des rayons d’or.

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  Première version
¤LE BERCEAU D’HÉLÈNE.
Qu’a-t-on fait du bocage où rêva mon enfance ?
Oh
! je le vois toujours ! j’y voudrais être encor !
Au milieu des parfums j’y dormais sans défense,
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t le soleil sur lui versait des rayons d’or,
Peut-être qu’à cette heure il colore les roses,
Et que son doux reflet tremble dans le ruisseau
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�mes pieds, clair ruisseau qui l’arroses;
Sous tes flots transparens montre-moi le berceau.
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Viens, j’attends ta fraîcheur, j’appelle ton murmure
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J’écoute, réponds-moi !
Sur tes bords
où les fleurs se fanent sans culture,
Les fleurs ont besoin d’eau,
mon caur sèche sans toi.
Viens
! viens merappeler, dans ta course limpide,
Mes jeux, mes premiers jeux, si chers, si déc
evans,
Des compagnes d’Hélène un souvenir rapide,
Et leurs rires lointains, faibles jouets des vents.
Si tu veux caresser mon oreille attentive,
N’as-tu pas quelquefois, en poursuivant ton cours,
Lorsqu’elles vont s’asseoir et causer sur ta rive,
N’as-tu pas
entendu mon nom dans leurs discours ?
Sur les roses peut-être une abeille s’élance :
Je voudrais être abeille et mourir dans les fleurs
!
Ou le petit oiseau dont le nid s’y balance
.
Il chante, elle est heureuse
; et j’ai connu les pleurs.
Je ne pleurais jamais sous sa voûte embaumée ;
Une jeune Espérance y dansait sur mes pas :

Elle ven
ait du ciel, dont l’enfance est aimée ;
Je dansais avec elle
; oh ! je ne pleurais pas.
Elle m’avait donné son prisme
; don fragile !
J’ai regardé la vie à travers ses couleurs.
Que la vie était belle
! et, dans son vol agile,
Que ma jeune Espérance y répandait de fleurs !
Qu’il était beau
, l’ombrage où j’entendais les muses
Me
révéler tout bas leurs promesses confuses !
Où j’osais leur répondre, et, de ma faible voix
,
Bégayer le serment de suivre un jour leurs lois !
D’un souvenir si doux l’erreur évanouie

Laisse au fond de
mon âmeun long étonnement.
C
est une belle aurore à peine épanouie,
Qui meurt dans un nuage
; et je dis tristement:
Qu’a-t-on fait du bocage où rêva mon enfance?
Oh
! j’en parle toujours ; j’y voudrais être encor !
Au milieu des parfums j’y dormais sans défense,

Et le soleil sur lui versait des rayons d’or.
Mais au fond du tableau, cherchant
desyeux sa proie,
DIVERSES.
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J’ai vu
...... je vois encor s’avancer le Malheur.
Il errait comme une ombre, il attristait ma joie
Sous les traits d’un vieux oiseleur
.
Et le vieux oiseleur, patiemment avide,
Aux piéges, avant l’aube, attendait les oiseaux
;
Et le soir il comptait, avec un ris perfide,
Ses petits prisonniers tremblans sous les réseaux.
Est-il toujours bien cruel, bien barbare,
Bien sourd à la prière? et, dans sa mai
n avare,
Plutôt que de l’ouvrir,
Presse-t-il sa victime à la faire mourir ?
Ah
! du moins, comme alors, puisse une jeune fille
Courir, en frappant l’air d’une tendre clameur,
Renvoyer dans les cieux la chantante famille,
Et tromper le méchant, qui faisait le dormeur
!
Dieu
! quand on le trompait, quelle était sa colère !
Il
fallait fuir : des pleurs ne lui suffisaient pas;
Ou, d’une pitié feinte exigeant le salaire,
Il pardonnait tout
haut, il maudissait tout bas.
Au pied d’un vieux rempart, une antique chaumière

Lui servait de réduit
;
Il
allait s’y cacher tout seul et sans lumière,
Comme l’oiseau de nuit.

Un soir, en traversant l’église abandonnée,
Sa voix nomma la Mort. Que sa voix me fit peur !
Je m’envolai tremblante au seuil où j’étais née,
Et
j’entendis l’écho rire avec le trompeur.
« Dis, qu’est-ce que la Mort
? » demandai-je à mamère:
«
C’est un vieux oiseleur qui menace toujours.
Tout tombe dans ses rets, ma fille, et les beaux jours »
S’éteignent sousses doigts comme un souffle éphémère.»
Je demeurai pensive et triste sur son sein.
Depuis j’allai m’asseoir ax tombes délaissées :
Leur tranquille silence éveillait mes pensées ;
Y cueillir une fleur me semblait un larcin.

L’aquilon m’effrayait de ses soupirs funèbres.
La voix, toujours la voix m’annonçait le Malheur
;
Et quand je l’entendais passer dans les ténèbres,
Je disais : « C’est la Mort ou le vieux oiseleur. »
Mais tout change : l’autan fait place aux vents propices,
La nuit fait place au jour,
La verdure, au printemps, couvre les précipices
,
Et l’hirondelle heureuse y chante son retour
:
Je revis le berceau, le soleil et les roses.
Ruisseau, tu m’appelais, je m’élançai vers toi.
Je t’appelle à mon tour, clair ruisseau qui l’arroses
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Oh ! je le vois toujours ! j’y voudrais être encor !
Au milieu des parfums j’y dormais sans défense,
Et le soleil sur lui versait des rayons d’or.

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