Deuxième version
¤À DÉLIE.

A DÉLIE.
u goûtdesvers pourquoimefaire un crime?
Leur prestige est si doux pour
un caur attristé !:
Il ôte un poids au malheur qui m’opprime;
Comme
une erreur plus tendre, il a sa volupté.
Légère, libre encor, d’hommages entourée,
Dans les plaisirs coulent vos heureux jours
;
Et, paisiblement adorée,
Vous riez avec les Amours.
Ah ! loin de la troubler, qu’ils charment votre vie !

18.
210 ÉLÉGIES.

Que pour vous le printemps soit prodigue de fleurs ;
Que tout prenne à vos yeux ses brillantes couleurs
!
Riez, riez toujours, ô volage Délie !
Abandonnez vos nuits aux songes
les plus doux ;
Qu’ils soient de vos beaux jours une glace fidèle
!
A force de bonheur soyez encor plus belle,
Et
qu’au réveil l’Amour vous le dise à genoux!
Mais quoi! si vous trouviez un rebelle à vos charmes,
Après mille sermens
s’il trahissait vosvœux,
La douce flamme
de vos yeux
S’éteindrait bientôt dans les larmes.
Vous sentiriez alors le besoin de rêver,
De livrer au hasard votre
marche incertaine,
De ralentir vos pas
au bruit d’une fontaine,
Et d’y pleurer les
maux que je viens d’éprouver.
N’enviez plus à votre amie

Un plaisir aussi douloureux :

ÉLÉGIES. 211

Ravir la plainte aux malheureux,
C’est leur dire : Quittez la vie !
Quand je vous vois disputer au miroir

De fra
îcheur et de grâce avec les fleurs que j’aime,
Quand je vous
y vois prendre en secret, pour vous-même,
Tout le plaisir que l’on goûte à vous voir,
M’entendez-vous, ô ma chère Délie,
Vous reprocher un passe-temps si doux
?
Non
; je deviensmoinssombre en vous voyant jolie ;
Je pardonne à l’Amour, je lui souris pour vous.
Mais si de la gaîté la parure est l’embl�
me,
Elle donne un éclat plus triste à la pâleur :
A la beauté brillante il faut un diad�
�me ;
Il faut un voile à la douleur.
De ce lis embaumé, qui pour vous vient d’éclore,
Couronnez votre front charmant;

212 ELEGIES.

Mon front, que l’ennui décolore,
Doit se pencher sans ornement.

Du sort qui m’enchantait la fatale inconstance

De
ma jeunesse a flétri l’espérance ;
Un orage a courbé le rameau délicat,
Etmes vingt ans passeront sans éclat
:
Je les donne à la solitude;
Je donne aux Muses
mes loisirs.
L’art de plaire fait votre étude,
L’art d’aimer fera mes plaisirs.
Mais non, je l’oublîrai cet art, ce don funeste,
Qui servit à l’Amour quand il forma
mon coeur.
Non, ce présent des cieux ne fait pas le bonheur
:
C’est pourtant
le seul quimereste !
Le
monde où vous régnezmerepoussa toujours ;
Il
méconnutmon ame à la fois douce et fière ;
Et d’un froid préjugé l’invincible barrière
Au froid isolement condamna
mesbeaux jours.
ÉLÉGIES. 213
L’infortune m’ouvrit le temple de Thalie
,
L’espoir m’y prodigua ses riantes erreurs ;
Mais je sentis parfois couler mes pleurs
,
Sous le bandeau de la Folie.
Dans ces jeux où l’esprit nous apprend à charmer,
Le c
our doit apprendre à se taire ;
Et lorsque tout
nous ordonne de plaire,
Tout nous défend d’aimer.
O
h ! des erreurs du monde inexplicable exemple.
Charmante
Muse ! objet demépris et d’amour,
Le soir on vous honore au temple,
Et
l’on vous dédaigne au grand jour.
Je n’ai pu supporter ce bizarre
mélange
De triomphe et d’obscurité,
Où l’orgueil insultant nous punit et se venge

D’un éclair de célébrité
.
Trop sensible au mépris, de gloire peu jalouse,
Blessée au c
oeur d’un trait dont je ne puis guérir,
214 ÉLÉGIES.

Sans prétendre aux doux noms
et de mère et d’épouse
Il me
faut donc mourir !
Mais vous, qui connaissez
mon ametoujours pure,
Qui
gémissez pour moides caprices dusort,
Vous qui savez, hélas, qu’en ma retraite obscure

Ilme
poursuit encor;
Faites grâce, du moins, à l’innocent délire

Qui m’apprend
, sans effort, à moduler des vers.
Seule, je suis pourtant
moins seule avec malyre;
Quelqu’un m’entend, me plaint, dans l’univers.
  Première version
¤A DÉLIE.
I.
D
u goût des vers pourquoi me faire un crime?
Leur prestige est si doux pour
un cœur attristé !
Il ôte un poids au malheur qui m’opprime;
Comme
une erreur plus tendre, il a sa volupté.
Légère, libre encor, d’hommages entourée,
Dans les plaisirs coulent vos heureux jours
;
Et, paisiblement adorée,
Vous riez avec les Amours.
Ah ! loin de la troubler, qu’ils charment votre vie !

Que pour vous le printemps soit prodigue de fleurs ;
Que tout prenne à vos yeux ses brillantes couleurs
;
Riez, riez toujours, ô volage Délie !
Abandonnez vos nuits aux songes
les plus doux,
Qu’ils soient de vos beaux jours une glace fidèle
.
A force de bonheur soyez encor plus belle,
Et
qu’au réveil l’Amour vous le dise à genoux.
Mais quoi! si vous trouviez un rebelle à vos charmes,
Après mille sermens
, s’il trahissait vos vœux,
La douce flamme
de vos yeux
S’éteindrait bientôt dans les larmes.
Vous sentiriez alors le besoin de rêver,
De livrer au hasard votre
marche incertaine,
De ralentir vos pas
, au bruit d’une fontaine,
Et d’y pleurer les
maux que je viens d’éprouver.
N’enviez plus à votre amie

Un plaisir aussi douloureux :

Ravir la plainte aux malheureux,
C’est leur dire : Quittez la vie !
Quand je vous vois disputer au miroir

De fra
icheur et de grâce avec les fleurs que j’aime,
Quand je vous
y vois prendre en secret pour vous-même
Tout le plaisir que l’on goûte à vous voir,
M’entendez-vous, ô ma chère Délie,
Vous reprocher un passe-temps si doux
?
Non
. Je deviens moins sombre en vous voyant jolie ;
Je pardonne à l’Amour, je lui souris pour vous.
Mais si de la gaîté la parure est l’embl�
me,
Elle donne un éclat plus triste à la pâleur :
A la beauté brillante il faut un diad�
�me;
Il faut un voile à la douleur.
De ce lis embaumé, qui pour vous vient d’éclore,
Couronnez votre front charmant;

Mon front, que l’ennui décolore,
Doit se pencher sans ornement.

ÉLÉGIER 83

Du sort qui m’enchantait la fatale inconstance

De
ma jeunesse a fétri l’espérance :
Un orage a courbé le rameau délicat,
Etmes vingt ans passeront sans éclat
.
Je les donne à la solitude;
Je donne aux Muses
mes loisirs.
L’art de plaire fait votre étude,
L’art d’aimer fera mes plaisirs.
Mais non, je l’oublîrai cet art, ce don funeste,
Qui servit à l’Amour quand il forma
mon cœur.
Non, ce présent des cieux ne fait pas le bonheur
;
C’est pourtant
le seul qui me reste !
Le
monde où vous régnez me repoussa toujours;
Il
méconnutmon âme à la fois douce et fière ;
Et d’un froid préjugé l’invincible barrière
Au froid isolement condamna
mes beaux jours.
L’infortune m’ouvrit le temple de Thalie
;
L’espoir m’y prodigua ses riantes erreurs ;
Mais je sentis parfois couler mes pleurs

Sous le bandeau de la Folie.
Dans ces jeux où l’esprit nous apprend à charmer,
Le c
æur doit apprendre à se taire ;
Et lorsque tout
nous ordonne de plaire,
Tout nous défend d’aimer.
O
des erreurs du monde inexplicable exemple,
Charmante
Muse! objet de mépris et d’amour,
84
; ÉLÉGIES
.

Le soir on vous honore au temple,
Et
l’on vous dédaigne au grand jour,
Je n’ai pu supporter ce bizarre
mélange
De triomphe et d’obscurité,
Où l’orgueil insultant nous punit et se venge

D’un éclair de célébrité
,
Trop sensible au mépris, de gloire peu jalouse,
Blessée au c
æur d’un trait dont je ne puis guérir,
Sans prétendre aux doux noms
et de mère et d’épouse.
Il me
faut donc mourir !
Mais vous, qui connaissez
mon âme toujours pure,
Qui
gémissez pour moi des caprices du sort,
Vous qui savez, hélas, qu’en ma retraite obscure
.
Il me
poursuit encor;
Faites grâce, du moins, à l’innocent délire
.
Qui m’apprend
sans effort à moduler des vers.
Seule, je suis pourtant
moins seule avec ma lyre ;
Quelqu’un m’entend, me plaint, dans l’univers.
ÉLÉGIES
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