Deuxième version
¤LA NUIT D’HIVER.

LA NUIT D’HIVER.
PAX
K u
i m’apelle à cette heure, etpar le temps qu’il
fait ?
C’est une douce voix, c’est la voix d’une fille :
Ah ! je te reconnais ; c’est toi, Muse gentille
?
Ton souvenir est un bienfait.
Inespéré retour
! aimable fantaisie !
Après un an d’exil
qui t’amène versmoi?
Je ne t’attendais plus, aimable Poésie
;
Je ne t’attendais plus,
mais je rêvais à toi.
Loin du réduit obscur où tu viens
de descendre,
190 ÉLÉGIES.

L’amitié, le bonheur, la gaîté, tout a fui
:
O ma Muse ! est-ce toi que j’y devais attendre
?
Il est fait pour les pleurs et voilé par l’ennui.
Ce triste balancier, dans son bruit monotone,
Marque d’un temps perdu l’inutile lenteur ;
Et
j’ai cru vivre un siècle, enfin, quand l’heure sonne,
Vide d’espoir et de
bonheur.
L’hiver est tout entier dans
ma sombre retraite :
Quel temps as-tu daigné choisir
?
Que doucement
par toi j’en suis distraite !
Oh! quand il
nous surprend, qu’il est beau le plaisir !
D’un foyer presque éteint
la flamme salutaire
Par intervalle encor trompe l’obscurité
:
Si tu veux écouter
maplainte solitaire,
Nous causerons à sa clarté.
Petite Muse, autrefois vive et tendre,

ÉLÉGIES. 191

Dont
j’ai perdula trace au temps de mes malheurs,
As-tu quelque secret pour charmer les douleurs
?
Viens, nul autre que toi n’a daigné
mel’apprendre.
Écoute
! nous voilà seules dans l’univers,
Naïvement
je vais tout dire :
J’ai
rencontré l’Amour, il a brisé ma lyre ;
Jaloux d’un peu de gloire, il a brûlé mes vers.
« Je t’ai chanté, lui dis-je, etma
voix, faible encore,
Dans ses premiers accens
parut juste et sonore:
Pourquoi briser
ma lyre ? elle essayait ta loi.
Pourquoi brûler mes vers
? je les ai faits pour toi.
Si de
jeunes amanstu troubles le délire,
Cruel, tu n’auras plus de fleurs dans ton empire ;
Il en faut à mon âge, et je voulais, un jour,
M’en parer pour te plaire, et te les rendre, Amour.
Déjà je te formais une simple couronne,
Fraîche, douce en parfu
ias. Quand un coeur pur la donne,
192 ÉLÉGIES.

Peux-tu la dédaigner
? Je te l’offre à genoux ;
Souris à mon orgueil
etn’en sois point jaloux.
Je n’ai jamais senti cet orgueil pour moi-même
;
Mais il dit mon secret, mais il prouve que j’aime.
Eh bien ! fais le partage en généreux vainqueur
:
Amour, pour toi la gloire, et pour
moile bonheur.
C’est un bonheur d’aimer, c’en est un de le dire.
.
Amour, prends
ma couronne, etlaisse -moima lyre;
Prendsmesv
eux, prendsmavie; enfin, prendstout, cruel!
Mais laisse-moi chanter au pied de ton autel. »
Et lui : « Non,
non ! ta prièremeblesse ;
Dans
le silence, obéis à ma loi:
Tes yeux en pleurs, plus éloquens
que toi,
Révèler
unt assez ma force et ta faiblesse. »
Muse, voilà le ton de ce maître si doux.
Je n’osai lui répondre, et
je vei sai des larmes ;
ÉLÉGIES. 193

Je sentis ma
blessure, et je maudis ses armes.
Pauvre lyre ! je fus muette comme
vous !
L’ingrat ! il a puni jusques �
�mon silence.
Lassée enfin de sa puissance,
Muse, je te redonne et mes voeux et mes chants
:
Viens leur prêter ta grâce, et rends-les plus touchans.
Mais tu p�
lis, ma chère, et le froid t’a saisie !
C’est l’hiver qui
t’opprime et ternit tes couleurs.
Je ne puis t’arrêter, charmante Poésie ;
Adieu ! tu reviendras dans la saison des fleurs
.
  Première version
¤LA NUIT D’HIVER.
Qui m’appelle à cette heure, et par le temps qu’il fait ?
C’est une douce voix, c’est la voix d’une fille :
Ah ! je te reconnais ; c’est toi, Muse gentille
,
Ton souvenir est un bienfait.
Inespéré retour
! aimable fantaisie !
Après un an d’exil
, quit’amène vers moi?
Je ne t’attendais plus, aimable Poésie
,
Je ne t’attendais plus,
mais je rêvais à toi.
Loin du réduit obscur où tu viens
de descendre,
L’amitié, le bonheur, la gaîté, tout a fui
:
O ma Muse ! est-ce toi que j’y devais attendre
!
Il est fait pour les pleurs et voilé par l’ennui.
Ce triste balancier, dans son bruit monotone,
Marque d’un temps perdu l’inutile lenteur ;
Et
j’ai cru vivre un siècle, hélas ! quand l’heure sonne,
Vide d’espoir et de
bonheur.
L’hiver est tout entier dans
ma sombre retraite :
Quel temps as-tu daigné choisir
!
Que doucement
par toi j’en suis distraite :
Oh! quand il
nous surprend, qu’il est beau le plaisir !
76
ÉLÉGIES
.

D’un foyer presque éteint
la flamme salutaire
Par intervalle encor trompe l’obscurité
;
Si tu veux écouter
ma plainte solitaire,
Nous causerons à sa clarté.
Petite Muse, autrefois vive et tendre,

Dont
j’ai perdu la trace au temps de mes malheurs,
As-tu quelque secret pour charmer les douleurs
?
Viens, nul autre que toi n’a daigné
me l’apprendre.
Écoute
! nous voilà seules dans l’univers,
Naïvement
je vais tout dire :
J’ai
rencontré l’Amour, il a brisé ma lyre ;
Jaloux d’un peu de gloire, il a brûlé mes vers.
« Je t’ai chanté, lui dis-je, etma
voix, faible encore,
Dans ses premiers accens
parut juste et sonore ;
Pourquoi briser
ma lyre ? elle essayait ta loi.
Pourquoi brûler mes vers
? je les ai faits par toi.
Si de
s jeunes amans tu troubles le délire,
Cruel, tu n’auras plus de fleurs dans ton empire ;
Il en faut à mon âge, et je voulais, un jour,
M’en parer pour te plaire, et te les rendre, Amour.
Déjà je te formais une simple couronne,
Fraîche, douce en parfu
ms. Quand un cœur pur la donne,
Peux-tu la dédaigner
? Je te l’offre à genoux ;
Souris à mon orgueil
, et n’en sois point jaloux.
Je n’ai jamais senti cet orgueil pour moi-même
:

Mais il dit mon secret, mais il prouve que j’aime.
Eh bien ! fais le partage en généreux vainqueur
:
Amour, pour toi la gloire, et pour
moi le bonheur.
C’est un bonheur d’aimer, c’en est un de le dire.

Amour, prends
ma couronne, et laisse-moi ma lyre ;
Prendsmesv
æux, prendsmavie ;enfin ! prends tout, cruel,
Mais laisse-moi chanter au pied de ton autel. »
Et lui : « Non,
non ! ta prière me blesse ;
Dans
le silence, obéis à ma loi :
Tes yeux en pleurs, plus éloquens
que toi,
Révèler
ont assez ma force et ta faiblesse. »
Muse, voilà le ton de ce maître si doux.
Je n’osai lui répondre, et
je versai des larmes ;
Je sentis ma
blessure, et je maudis ses armes.
Pauvre lyre ! je fus muette comme
vous !
L’ingrat ! il a puni jusques �
mon silence.
Lassée enfin de sa puissance,
Muse, je te redonne et mes voeux et mes chants
.
Viens leur prêter ta grâce, et rends-les plus touchans.
Mais tu p�
lis, ma chère, et le froid t’a saisie.
C’est l’hiver qui
t’opprime et ternit tes couleurs.
Je ne puis t’arrêter, charmante Poésie ;
Adieu ! tu reviendras dans la saison des fleurs
,
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