Deuxième version
¤LE PELICAN.

LE PÉLICAN
LES DEUX MERES.
o
ut perdu dans le soin de sa jeune famille,
Sur la vague qui passe, et qui roule, et qui brille,
Un Pélican s’incline
, et saisit les poissons
Qu’il offre en espérance à ses chers nourrissons
.
Sans affaire, et livrée à l’amour d’elle-même,
L’Autruche, en digérant, vient le long du rocher
.
3io POÉSIES

Son repas est fini, qu’aurait-
clle à chercher!’
Elle porte tout ce qu’elle aime.
« Grand dieu ! d’où venez-vous? dit-elle au tendre oiseau
Dont la poitrine est ouverte et sanglante.
Sortez-vous d’un combat, d’un pi�
ge, d’un réseau?
Le coup est-il mortel
? j’en suis presque tremblante.
Parlez donc ! quelle flèche ou quel ongle assassin
Vous déchira le sein
?
Vous faites peur.
» « C’est moi, c’est un peu de ma vie,
Répond le Pélican à sa pêche assidu.
Vous allez me porter envie :
Mes petits avaient faim
; mon sang n’est pas perdu,
Je l’ai versé pour eux.
Quoi ! dit l’autre irritée ;
Votre sang... taisez-vous
! on ne peut sans horreur
Supporter dans l’amour cet excès de fureur
;
Il soulève, il repousse, et j’en suis révoltée.
Vous perdez le bon sens, vos petits vous tueront,
Et les oiseaux riront.

DIVERSES. 3n

Laissez ces préjugés aux tendres tourterelles.
L’amour est un besoin qu’il est doux d’éprouver
,
Mais je n’aurais point d’
œufs s’il fallait les couver.
Quel emploi, quel ennui d’étendre ainsi les ailes,
De garder la maison, d’y mourir de chaleur !
L’hymen n’est donc pour
vous qu’un travail, un malheur?
Se torturer le flanc, s’appauvrir l’existence,
Mourir, pour satisfaire à l’importune instance
De petits jeunes dévora
us,
Dont les cris déchirans

Troublent et le somme et la veille
î
D’en parler seulement je me blesse l’oreille.
Ce fanatisme fait pitié ;
Toutefois, s’il est temps, écoutez l’amitié.
« Mon exemple peut vous instruire;
Loin de couver, de me détruire,
Au hasard je laisse mes
œufs :
3.a POESIES

Le ciel veille sur moi, le ciel veille sur eux
:
Je ne me charge pas de ce soin haïssable.
Je suis mère pourtant, je les couvre de sable
;.
Si la pluie et l’orage, et les vents tour
à tour,
Ne les écrasent pas avant de naître au jour,
Si le Milan ne les dé
core,
La chaleur du soleil enfin les fait éclore :
La nature e
u prend soin, et tous les élémens
Composent mieux que moi leurs premiers alime
us.
Ils s’envolent alors et vont chercher fortune.
Je n’ai pas supporté leur enfance importune.
Ce qu’ils deviennent, je ne sais :
Je me porte bien, c’est assez.
»
« —
Méchante ! ah ! méchante endurcie !
De quel aveuglement ton
ame est obscurcie?
Tu n’as donc d’une mère obtenu que le nom
?
Va, tu glaces mon c
œur, tu blesses ma raison.
DIVERSES. 3i3

Quoi ! te déshériter des larmes d’une mère
,
De ses tourmens délicieux,
De ses plaisirs silencieux,
Où tout est volupté bien que parfois amère !
Quand je sens mes petits s’agiter sous mon sein,
Quand leurs cris me disent :
J’ai faim!
Oh
! quelbouheurj’éprouve��leur donner ma vie!
Mais ma douce blessure est prompt
èment guérie :
On dirait que l’extrême amour
Renaît sans cesse
^de lui-même :
On le prodigue en vain
, comme le feu du jour,
Il se ranime encor pour nourrir ce qu’il aime.
Va chercher tes enfans
; tu me remercîras,
Si tu peux les trouver et devenir sensible :
Ton sort, au milieu d’eux, s’écoulera paisible
.’
Va,
ne crains plus la mort ; sois mère, tu vivras ! »
2''

  Première version
¤L’AUTRUCHE ET LE PÉLICAN.
???t O
ut perdu dans le soin de sa jeune famille,
Sur la vague qui passe, et qui roule, et qui brille,
Un Pélican s’incline
et saisit les poissons,
Qu’il offre en espérance à ses chers nourrissons
,
Sans affaire, et livrée à l’amour d’elle-même,
L’Autruche, en digérant, vient le long du rocher
;
Son repas est fini, qu’aurait-
elle à chercher ?
Elle porte tout ce qu’elle aime.
Grand dieu !d’où venez-vous dit-elle au tendre oiseau
Dont la poitrine est ouverte et sanglante.
Sortez-vous d’un combat, d’un pi�
ge, d’un réseau?
Le coup est-il mortel
? j’en suis presque tremblante.
Parlez donc ! quelle flèche ou quel ongle assassin
Vous déchira le sein
?
Vous faites peur.
C’est moi, c’est un peu de ma vie,
Répond le Pélican à sa pêche assidu.
Vous allez me porter envie :
Mes petits avaient faim
; mon sang n’est pas perdu,
Je l’ai versé pour eux.
- Quoi ! dit l’autre irritée,
Votre sang... taisez-vous
! on ne peut sans horreur,
Supporter dans l’amour cet excès de fureur
;
Il soulève, il repousse, et j’en suis révoltée.
Vous perdez le bon sens, vos petits vous tueront,
Et les oiseaux riront.

Laissez ces préjugés aux tendres tourterelles.
L’amour est un besoin qu’il est doux d’éprouver
;
Mais je n’aurais point d’
oeufs s’il les fallait couver.
Quel emploi, quel ennui d’étendre ainsi les ailes,
De garder la maison, d’y mourir de chaleur !
L’hymen n’est donc pour
vous qu’un travail, un malheur!
Se torturer le flanc, s’appauvrir l’existence,
Mourir, pour satisfaire à l’importune instance
De petits jeunes dévora
ns,
Dont les cris déchirans
,
Troublent et le somme et la veille
!
D’en parler seulement je me blesse l’oreille.
Ce fanatisme fait pitié ;
Toutefois, s’il est temps, écoutez l’amitié.
Mon exemple peut vous instruire.
Loin de couver, de me détruire,
Au hasard je laisse mes
aufs :
Le ciel veille sur moi, le ciel veille sur eux
.
ce
Je ne me charge pas de soin haïssable.
Je suis mère pourtant, je les couvre de sable
;
Si la pluie et l’orage, et les vents tour
-à-tour,
Ne les écrasent pas avant de naître au jour,
Si le Milan ne les dé
vore,
La chaleur du soleil enfin les fait éclore :
La nature e
n prend soin, et tous les élémens
Composent mieux que moi leurs premiers alime
ns.
Ils s’envolent alors et vont chercher fortune.
Je n’ai pas supporté leur enfance importune.
Ce qu’ils deviennent, je ne sais :
Je me porte bien, c’est assez.

-
Méchante ! ah ! méchante endurcie !
De quel aveuglement ton
âme est obscurcie !
Tu n’as donc d’une mère obtenu que le nom
?
Va, tu glaces mon c
oeur, tu blesses ma raison.
Quoi ! te déshériter des larmes d’une mère
!
De ses tourmens délicieux,
De ses plaisirs silencieux,
Où tout est volupté bien que parfois amère !
Quand je sens mes petits s’agiter sous mon sein,
Quand leurs cris me disent :
j’ai faim,
Oh
! quel bonheur j’éprouve� leur donner ma vie !
Mais ma douce blessure est prompt
ement guérie :
On dirait que l’extrême amour
Renaît sans cesse
de lui-même :
On le prodigue en vain
; comme le feu du jour,
Il se ranime encor pour nourrir ce qu’il aime.
Va chercher tes enfans
; tu me remercîras,
Si tu peux les trouver et devenir sensible :
Ton sort, au milieu d’eux, s’écoulera paisible
;
Va !
ne crains plus la mort ; sois mère, tu vivras!
FIN.
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