Deuxième version
¤LA SOURIS CHEZ UN JUGE.

LA SOURIS CHEZ UN JUGE.
remblante
, prise au picge et respirant a peine,
Sortie imprudemment du maternel séjour,
R�
vant sa dernière heure au seul bruit de sa chaîne,
Une jeune souris voyait tomber le jour.
Dans le grillage étroit qui la tient prisonnière,
A passé d’un flambeau l’éclatante lumi
ère ;
Elle tressaille, écoute : un silence de paix
Succède au mouvement qui la glaçait de crainte
;
334 POÉSIES

Et d’un vieux mur caché sous des lambris épais

On entend
murmurer cette humble et douce plainte :
« Da
us ta belle maison, toi, qui rentres content,
Quand je me sens mourir de la mort qui m’attend,
Redoutable ennemi de tout ce qui respire,
Oh
! n’étends pas sur moi ton oppressif empire!
Laisse ton c
œur s’ouvrir au cri du malheureux :
Hélas
! est-on moins grand pour être généreux ?
Laisse-moi boire encor l’air, la douce rosée,
Ce bienfait de la nuit, ce céleste présent,
Dont, par un souffle humide et bienfaisant,
Chaque matin la terre est arrosée.
Juge
, sois juste et rends-moi mes trésors,
Un ciel à contempler, ma liberté native :
Dieu me fit de la vie un plaisir sans remords
,
Toi, tu la rends sombre et captive.

k
Je suis une souris née au dernier printemps ;
DIVERSES. 335

L’été commence. Hélas ! c’est vivre peu de temps
!
Viens voir, je porte encor la robe de l’enfance.
Le blé nouveau, le riz friand, les noix,
Disait ma mère, allaient avant deux mois
Enrichir mon adolescence.
Peu m’est assez pourtant
; facile à me nourrir,
Je ne suis pas gourmande et tout sert au ménage ;
Un grain d’orge suffit aux souris de mon âge,
Pour les empêcher de mourir.
« Ne me fais pas mourir ! Suis l’exemple d’un sage :
lies souris sans danger visitaient son séjour ;
Car ce sage disait : « De nos
âmes un jour
« Le sein des animaux peut-être est le passage
.
« Tout est possible à Dieu, l’impossible est son bien
;
« Si par lui l’homme est tout, par lui l’homme n’est rien
.
« Gr
âce donc ! criait-il aux hommes en colère,
« Muets pour la clémence et sourds à la prière ;
336 POESIES
« Grâce ! oubliez un peu les mots : glaive, trépas ;
« Régnez sur le plus faible et ne le tuez pas !
« La colombe au c
œur tendre, à la plume argentée,
« Peut-être est une amante aux forêts arrêtée

«
Par le doux souvenir d’un amour malheureux ;
« On croit le deviner à son chant douloureux.
« Qui sait si la souris n’est pas la jeune fille

«
Frappée en folâtrant au sein de sa famille,
« Et qui tombe immobile en courant dans les fleurs :
« Car, pour un peu de miel, que d’absinthe et de pleurs
«
Si le sage a dit vrai, tremble d’être inflexible,
Tremble de tourmenter l’ame errante et sensible
D’une s
œur qui t’aima, d’une jeune beauté
Qui se plaisait, enfant, sur ton sein agité.
« Enfin, si ma part de la vie
N’est que le rayon passager

DIVERSES. 337

Du jour que mon cachot me dérobe et m’envie,
Ce don si fugitif, daigne le ménager !
Vivre, c’est vivre enfin, et le néant m’alarme ;
Cette crainte au méchant coûte au moins une larme;
Juge de son horreur pour un c
œur tout amour,
Et si loin de la nuit ne m’éteins pas le jour !
Faut-il te dire tout
? je veux devenir m��re.
Laisse-moi donc revoir, dans ma douleur amère,
Un ami de mo
u âge, imprudent comme moi,
Qui pour me délivrer
s’élancerait vers toi.
S’il avait de mon sort la triste confidence,
Je lui dirais en vain :
Sauvez-vous ! il viendrait :
L’amour au désespoir connaît-il la prudence
?
Il rongerait mes fers, ou bien il me suivrait.
« J’ai dit l’amour : tu le connais peut-être ?
Béni soit Dieu
! car l’amour est humain.
Oui, je retrouverai la moitié de mon être,

ir.. 29
338 POÉSIES

Et je serai libre demain !
Oui, tu sais que l’amour console la nature,

Qu’il jette au prisonnier des r�
ves gracieux,
Qu’il souffle à son oreille un chant délicieux,
Et que même au coupable il sauve la torture
.
Et je suis à genoux... et je tremble... et j’attends...
Homme
, pour te fléchir qu’il faut parler long-temps !
«
Un jour, que cet aveu m’en obtienne la grâce,
J’avais salué l’aube et ton premier repas
,
Lorsqu’un bruit
, plus léger que le bruit de mes pas,
M’avertit qu’en secret
quelqu’un cherchait ta trace.
Ta voix devint alors plus douce de moitié
.
Celle qui répondait me parut suppliante,
Et, si je ne m’abuse, à la tendre pitié
Tu donnas plus d’une heure, ou l’heure était bien lente
!
Le bruit cessa, j’entrai ; les débris d’un festin
M’invitaient à la table enfin abandonnée ;

DIVERSES. 33g

Et sur ma vie un moment fortunée

Je vis pleuvoir les bienfaits du destin.
Dans ces lieux trop aimés qu’à présent je déteste,
J’ai vu, j’ai respecté la boucle de cheveux,
Tombés d’un front
charmant pour enchaîner tes vœux ;
Ils ne sont pas les tiens, leur couleur me l’atteste.
Ces liens souples et dorés,
Ces doux aveux, ces feuillets roses,
Les rubans embaumés dont ces lettres sont closes,
N’ont pas séduit mes sens de langueur enivrés.
J’ai respiré de loin la cire parfumée
Qui scella, j’en suis sûre, un secret qui t’est cher :
Le hasard me l’apprit sans m’en être informée
;
Je courais, j’étais libre... hélas ! c’était hier !
« Tu sommeillais peut-être, et plus vive que sage,
Au pied de ces rideaux, que je baigne de pleurs,
J’aperçus, ne crains pas que je le dise ailleurs,

34o POESIES

Un soulier trop petit pour �
�tre à ton usage :
Je m’y blottis joyeuse et je le fis courir ;
Je traînais en riant cette maison mobile,
Dont les dehors
, ornés par quelque main habile,
M’enflaient d’un peu d’orgueil, et l’orgueil fait mourir
:
Car, depuis ce moment, éveillé par la haine,
Tu m’élevas dans l’ombre une affreuse prison
.
Innocente souris, pour m’écraser sans peine,

Un homme est descendu jusqu’à la trahison
!
Non ! ne m’écrase pas ! et si ma peur te touche,
Que l’accent du pardon s’échappe de ta bouche
!
Il est dieu, leur dirai-je, il m’a donné des jours !
Ton toit sera béni, ton nom vivra toujours,
Et toujours de beaux yeux aimeront à le lire.
« Et si jamais ton cœur, brûlé d’un saint délire,
A langui pour la liberté,
Qu’elle se donne à toi dans toute sa beauté !

DIVERSES. 34i

Que sur ta sereine carrière

Elle épanche à flots purs sa tranquille lumière :
Qu’elle trace à ta vie un facile sentier,
Et te sème de fleurs un siècle tout entier ! »
Elle se tut. Le juge alors : « Hé
! vite !
« Elle est au pi�ge, h�tez-vous d’accourir :
« Etouffez-la, cette pauvre petite ;
«
Je n’aime pas à voir souffrir. »
29.

  Première version
¤LA SOURIS CHEZ UN JUGE.
TREMBLANTE, prise au piège et respirant à peine,
Sortie imprudemment du maternel séjour,
R�
vant sa dernière heure au seul bruit de sa chaîne,
Une jeune souris voyait tomber le jour.
Dans le grillage étroit qui la tient prisonnière,
A passé d’un flambeau l’éclatante lumi
ere ;
Elle tressaille, écoute : un silence de paix
Succède au mouvement qui la glaçait de crainte
;
Et d’un vieux mur caché sous des lambris épais
,
On entend
it sortir cette humble et douce plainte :
« Da
ns ta belle maison, toi qui rentres content,
Quand je me sens mourir de la mort qui m’attend,
Redoutable ennemi de tout ce qui respire,
Oh
! n’étends pas sur moi ton oppressif empire!
Laisse ton c
oeur s’ouvrir au cri du malheureux :
Hélas
, est-on moins grand pour être généreux ?
Laisse-moi boire encor l’air, la douce rosée,
Ce bienfait de la nuit, ce céleste présent,
Dont, par un souffle humide et bienfaisant,
Chaque matin la terre est arrosée.
Juge
! sois juste et rends-moi mes trésors,
Un ciel à contempler, ma liberté native :
Dieu me fit de la vie un plaisir sans remords
;
Toi, tu la rends sombre et captive.

«
Je suis une souris née au dernier printemps :
L’été commence. Hélas ! c’est vivre peu de temps
!
Viens voir, je porte encor la robe de l’enfance.
Le blé nouveau, le riz friand, les noix,
Disait ma mère, allaient avant deux mois
Enrichir mon adolescence.
Peu m’est assez pourtant
; facile à me nourrir,
Je ne suis pas gourmande et tout sert au ménage ;
Un grain d’orge suffit aux souris de mon âge,
Pour les empêcher de mourir.
Ne me fais pas mourir ! suis l’exemple d’un sage :
Les souris sans danger visitaient son séjour ;
Car ce sage disait : « De nos
ames un jour
« Le sein des animaux peut-être est le passage
:
« Tout est possible à Dieu, l’impossible est son bien
;
« Si par lui l’homme est tout, par lui l’homme n’est rien

« Gr
ace donc ! criait-il aux hommes en colère,
« Muets pour la clémence et sourds à la prière ;
« Grace ! oubliez un peu les mots, glaives, trépas ;
Régnez sur le plus faible et ne le tuez pas !
« La colombe au c
our tendre, à la plume argentée,
« Peut-être est une amante aux forêts arrêtée
,
a
Par le doux souvenir d’un amour malheureux ;
« On croit le deviner à son chant douloureux.
« Qui sait si la souris n’est pas la jeune fille
,
Frappée en folâtrant au sein de sa famille,
« Et qui tombe immobile en courant dans les fleurs :
Car pour un peude miel, que d’absinthe et de pleurs
Si le sage a dit vrai, tremble d’être inflexible,
Tremble de tourmenter l’ame errante et sensible
D’une s
oeur qui t’aima, d’une jeune beaute,
Qui se plaisait, enfant, sur ton sein agité.
Enfin, si ma part de la vie
N’est que le rayon passager

Du jour que mon cachot me dérobe et m’envie,
Ce don si fugitif, daigne le ménager !
Vivre, c’est vivre enfin, et le néant m’alarme ;
Cette crainte au méchant coûte au moins une larme;
Juge de son horreur pour un c
our tout amour,
Et si loin de la nuit ne m’éteins pas le jour !
Faut-il te dire tout
? je veux devenir m��rc.
Laisse-moi donc revoir, dans ma douleur amère,
Un ami de mo
n âge, imprudent comme moi,
Qui pour me délivrer
pleurerait devant toi.
S’il avait de mon sort la triste confidence,
Je lui dirais en vain :
sauvez-vous ! il viendrait :
L’amour au désespoir connaît-il la prudence
?
Il rongerait mes fers, ou bien il me suivrait.
« J’ai dit l’amour : tu le connais peut-être ?
Béni soit Dieu
; car l’amour est humain.
Oui, je retrouverai la moitié de mon être,

Et je serai libre demain !
Oui, tu sais que l’amour console la nature,
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Qu’il jette au prisonnier des r�
ves gracieux,
Qu’il souffle à son oreille un chant délicieux,
Et que même au coupable il sauve la torture
:
Et je suis à genoux... et je tremble... et j’attends...
Homme
! pour te fléchir qu’il faut parler long-temps!
Un jour, que cet aveu m’en obtienne la grace,
J’avais salué l’aube et ton premier repas
;
Lorsqu’un bruit
plusléger que le bruit de mes pas,
M’avertit qu’en secret
quelqu’un cherchait ta trace :
Ta voix devint alors plus douce de moitié
;
Celle qui répondait me parut suppliante,
Et, si je ne m’abuse, à la tendre pitié
Tu donnas plus d’une heure, ou l’heure était bien lente
!
Le bruit cessa, j’entrai ; les débris d’un festin
M’invitaient à la table enfin abandonnée ;

Et sur ma vie un moment fortunée
,
Je vis pleuvoir les bienfaits du destin.
Dans ces lieux trop aimés qu’à présent je déteste,
J’ai vu, j’ai respecté la boucle de cheveux,
Tombés d’un front
charmant pour enchaîner tes voux ;
Ils ne sont pas les tiens, leur couleur me l’atteste.
Ces liens souples et dorés,
Ces doux aveux, ces feuillets roses,
Les rubans embaumés dont ces lettres sont closes,
N’ont pas séduit mes sens de langueur enivrés.
J’ai respiré de loin la cire parfumée
Qui scella, j’en suis sûre, un secret qui t’est cher :
Le hasard me l’apprit sans m’en être informée
;
Je courais, j’étais libre... hélas ! c’était hier !
« Tu sommeillais peut-être, et plus vive que sage,
Au pied de ces rideaux, que je baigne de pleurs,
J’aperçus, ne crains pas que je le dise ailleurs,

Un soulier trop petit pour �
�lre à ton usage :
Je m’y blottis joyeuse et je le fis courir ;
Je traînais en riant cette maison mobile,
Dont les dehors
ornés par quelque main habile
M’enflaient d’un peu d’orgueil, et l’orgueil fait mourir
:
Car, depuis ce moment, éveillé par la haine,
Tu m’élevas dans l’ombre une affreuse prison
:
Innocente souris, pour m’écraser sans peine,

Un homme est descendu jusqu’à la trahison
.
Non ! ne m’écrase pas ! et si ma peur te touche,
Que l’accent du pardon s’échappe de ta bouche
:
Il est dieu, leur dirai-je, il m’a donné des jours !
Ton toit sera béni, ton nom vivra toujours,
Et toujours de beaux yeux aimeront à le lire.
Et si jamais ton cour brûlé d’un saint délire
A langui pour la liberté,
Qu’elle se donne à toi dans toute sa beauté !

Que sur ta sereine carrière
,
Elle épanche à flots purs sa tranquille lumière :
Qu’elle trace à ta vie un facile sentier,
Et te sème de fleurs un siècle tout entier ! »
Elle se tut. Le juge alors : « Hé
l vite !
Elle est au pi�ge, h�tez-vous d’accourir :
Étouffez-la, cette pauvre petite ;
Je n’aime pas à voir souffrir. »
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