Deuxième version
¤PHILIS.

PHILIS.
R ESSE - T
oi, vieux berger, tout annonce l’orage.
Le vent courbe les blés, détruit la fleur sauvage
;
Un
murmure plaintif circule au fond des bois,
Et l’écho me
répond en attristantmavoix.
De ton chien prévoyant
la garde est plus austère,
Il rôde, en haletant, d’un air triste et sévère ;
Du fond de la vallée il ramène un agneau,
Etle chasse en grondant jusqu’au sein du troupeau.
L’ouragan tourbillonne et ravage la plaine.
IDYLLES.
L’éclair poursuit l’éclair, il tonne, il va pleuvoir,
Tout s’efface ; il fait nuit long-temps avant le soir ;
Et le toit de Philis ne se voit plus qu’à peine.
Laisse-moi te guider. Si
tu ne peux courir,
Je
soutiendraites pas : ne crains pointma jeunesse ;
J’ai déjà quatorze ans
; j’honore la vieillesse,
Et je suis assez grand, du moins, pour la chérir.
La petite Philis t’ouvrira sa chaumière
;
Son père m’a vu naître
, il m’appelle son fils.
Peut-être qu’autrefois tu connaissais sa mère ;
Elle n’est plus..
. mais viens ; tu connaîtras Philis !
Oui, berger, c’est Philis qui m’a dit tout à l’heure :
« Olivier, le ciel gronde
; on s’enferme au hameau.
Nous sommes à l’abri ;mais au pied du coteau
«
Je vois un vieux berger ; qu’il vienne en mademeure.
Regarde sur son front voler ses cheveux blancs ;
«
Commeil lève les yeux vers le ciel en colère !
Il se met à genoux... C’est qu’il a des enfans,
IDYLLES.. 85
«
Et qu’il demandeau ciel de leur garder un père ! »
Et Philis de mes
mains a retiré samain ;
Et jusqu’au fond du cœur j’ai cru sentir ses larmes,
Et j’ai
couru vers toi.Mais, au boutdu chemin,
Tu verras s’il est doux
de calmer ses alarmes.
Berger, voilà Philis ! — Elle nous tend les bras
:
Vois comme son sourire est
mêlé de tristesse !
Elle songe à sa mère, et pleure de tendresse
;
Sa mère lui
sourit.... mais neluirépond pas!
Entrons.
- Le vieux berger rêve à ton doux langage,
Philis
; il te regarde, il est moins abattu.
On est calme avec toi,
mêmeau bruit de l’orage ;
O Philis ! on est bien auprès de la vertu !
Tandis que ses
moutons, sous la feuillée obscure,
Arrachent
à la terre une humide verdure,
Je lui raconterai, pour charmer ta frayeur,
Le plus beau de mes jours, le jour où je
t’ai vue.
Si tu crains d’un éclair la lueur imprévue,

OG
IDYLLES.

Tant que je parlerai, cache-toi sur mon c
æur ;
Cache- toi... Ma
Philis n’avait pas dix années,
Quand le hasard lia nos
ames étonnées.
Je l’aimai plus que
moi, plus que mon cher agneau
Que j’offris à Philis, et qu’elle trouvait beau.
C’était un jour de fête, et cet
agneau volage
S’enfuit, malgré mes cris, loin de notre village.
Sous ce
bouquet de houx, qui cache unemaison,
L’agneau vint se jeter..
. Hélas! qu’il eut raison !
J’y rencontrai Philis ; je crus la reconnaître ;
Je crus l’avoir aimée avant
même de naître ;
Je sentis que
mon coeur s’enfuyait vers le sien,
Et je vis
dans ses yeux qu’elle attendait le mien.
Elle avait à ses pieds
sa guirlande effeuillée ;
Elle pleurait.
.. C’était une rose mouillée.
Saisi de sa douleur, je ne pouvais parler ;
Je ne pouvais la joindre, hélas !
ni m’en aller.
IDYLLES.
Son
il noir dans les pleurs brillait comme une étoile,
Ou comme
un doux rayon quand il pleut au soleil.
On eût dit que
mes yeux se dégageaient d’un voile,
Et
que ce doux regard enchantaitmon réveil !
J’oubliaimon hameau, mes parens, ma chaumière ;
Mon
amepour la voir venait sous ma paupière :
J’oubliai de punir l’agneau capricieux ;
Je regardais Philis, et je voyais les cieux.
« Qui t’alarme, lui dis-je, ô petite bergère ?
As-tu peur d’un bélier caché dansla bruyère ?
«
Ou quelque méchant pâtre, en grossissant sa voix,
� Ose -t-il t’empêcher de courir dans le bois ?
Je voudrais... Je voudrais savoir commeon t’appelle ?
Moi, je suis Olivier. — Je suis Philis, dit-elle.
Je n’ai vu qu’un agneau qu’appelait un enfant,
Et je n’ai pas eu peur à la voix d’un méchant.
Mais, on cueillant des fleurs pour couronner ma tête,
88 IDYLLES
.
«
Je disais : Ce fut donc encore un jour de fête,
Puisqu’on m’avait parée avec de blancs atours,
� Quemamèré en priant s’endormit pour toujours.
Elle avait demandé le pasteur du village :
«
Le pasteur avaitdit : Espérance et courage !
Il bénit son sommeil ; et, pleurantavec nous,
Parlait bas à mon père immobile à genoux..
«
Les bergers pour la voir entouraient la chaumière.
Son nom, qu’ils aimaient tous, unissait leur prière.
Souslemême rideau je voulus me cacher :
«
Mon père, en gémissant, put seul m’en détacher.
Vers le soir, dans son lit un ange vint la prendre ;
Il emporta mamère, et je la vis descendre
«
A travers le sentier qu’éclairaient deux flambeaux :
On chantait, mais ce chant m’arrachait des sanglots.
Je lui tendais les bras duhaut de la montagne,
Quand je vis des hiboux voler dans la campagne.
«
Je n’osai plus crier : ma voix mefaisait peur ;
IDYLLES.
«
Son nom, qui m’étouffait, s’enferma dansmon cæur.
L’ombre m’enveloppa : le reste, je l’ignore..
«
On metrouva plongée en un profond sommeil ;
Hélas! dans ce sommeil on pleure, on aime encore:
«
Il en est un, dit-on, sans amour, sans réveil !
Depuis ce jour de fête, on n’a pas vu mamère ;
Au sentier, chaque soir, elle appellemon père;
Mais, quand je veux savoir s’il l’a vue en chemin,
Il soupire etmedit : Je la verrai demain !
Voilà, petitberger, la cause demes larmes.
A mon père attristé je cache mes alarmes ;
«
Pour lui plaire, souvent je mepare de fleurs ;
« Et j’apprends à sourire, en retenant mes pleurs. »
So
n père l’écoutait à travers la fenêtre;
Je le pris pour le mien, en le voyant paraître
:
D’un air triste et content il sourit à Philis,
Et
depuis cemoment ilm’appela son fils.
go
IDYLLES
.
L’agneau sautait près d’elle et broutait sa couronne ;
Hors de
moi, je saisis ce précieux larcin ;
En tremblant de plaisir, je le mis dans mon sein.
« Si mon agneau te plaît, prends-le, je te le donne,
Dis-je alors à Philis. Chaque jour, chaque soir,
Si ton père y consent, je reviendrai le voir.
Il semble qu’il demande et choisit sa maîtresse ;
Commeil me caressait, je vois qu’il te caresse.
« Les neudspour l’arrêter sont déjà superflus ;
Tu lui parles, Philis, il ne m’écoute plus !»
Son père, en l’embrassant, nous
permit cet échange.
Il fallut m’en aller. Je courus
, sous la grange,
A mes tendres parens raconter mon bonheur ;
Je montrai la guirlande encore sur mon cour :
Je parlais de Philis, et j’embrassais ma
mère ;
Je brûlais que le jour nous rendît sa lumière ;
En respirant
les fleurs enfin je m’endormis,
IDYLLES
,
Etmon rêve disait : Philis ! Philis ! Philis !
Ce
nom charmeen tous lieuxmon oreille ravie ;
Il a frappé mon
ame et commencé mavie ;
Mes lèvres
, en dormant, savent le prononcer,
Et, dans l’ombre, ma
main essaie à le tracer :
C’est pour l’unir au mien que j’apprends à l’écrire...

Éveille-toi, Philis ! je n’ai plus rien à dire.
Tu peux ouvrir les yeux, le calme est de retour ;
Le soleil épuré recommence un beau jour ;
Avant
de les quitter, il sèche nos campagnes,
Et
de ses derniers feux redore lesmontagnes.
O berger ! si le ciel
ici t’a fait venir,
C’est que le ciel nous aime, et qu’il va nous bénir !
Mais tes
moutons joyeux se jettent dans la plaine ;
La
pluie et la poussière ont pénétré leur laine ;
Demain, dans le ruisseau qui
baigne le vallon,
J’irai t’aider moi-même
à blanchir leur toison ;
92 IDYLLES.

J’irai..
. de ma Philis tu vois venir le père ;
Elle court dans ses bras, et l’atteint la première.

O berger ! si jamais, seul et loin de ton fils,
L’orage te surprend, souviens-toi de Philis !
  Première version
¤PHILIS.
Presse-toi, vieux berger, tout annonce l’orage.
Le vent courbe les blés, détruit la fleur sauvage
.
Un
murmure plaintif circule au fond des bois,
Et l’écho me
répond en attristant ma voix.
De ton chien prévoyant
la garde est plus austère ;
Il rôde, en haletant, d’un air triste et sévère ;
Du fond de la vallée il ramène un agneau,
Etle chasse en grondant jusqu’au sein du troupeau.
L’ouragan tourbillonne et ravage la plaine.
L’éclair poursuit l’éclair, il tonne, il va pleuvoir ;
Tout s’efface ; il fait nuit long-temps avant le soir ;
Et le toit de Philis ne se voit plus qu’à peine.
Laisse-moi te guider. Si
tu ne peux courir,
Je
soutiendrai tes pas : ne crains point ma jeunesse ;
J’ai déjà quatorze ans
; j’honore la vieillesse,
Et je suis assez grand, du moins, pour la chérir.
La petite Philis t’ouvrira sa chaumière
;
Son père m’a vu naître
; il m’appelle son fils.
Peut-être qu’autrefois tu connaissais sa mère ;
Elle n’est plus..
... mais viens ; tu connaîtras Philis !
Oui, berger, c’est Philis qui m’a dit tout à l’heure :
« Olivier, le ciel gronde
; on s’enferme au hameau.
Nous sommes à l’abri; mais au pied du coteau »
Je vois un vieux berger ; qu’il vienne en mademeure.
Regarde sur son front voler ses cheveux blancs.
»
Comme il lève les yeux vers le ciel en colère !
Il se met à genoux.... C’est qu’il a des enfans,
» Et qu’il demande au ciel de leur garder un père! »
Et Philis de mes
mains a retiré sa main ;
Et jusqu’au fond du cœur j’ai cru sentir ses larmes,
Et j’ai
couru vers toi. Mais, au bout du chemin,
Tu verras s’il est doux
de calmer ses, alarmes.
Berger, voilà Philis ! — Elle nous tend les bras
;
Vois comme son sourire est
mêlé de tristesse.
Elle songe à sa mère, et pleure de tendresse
;
Sa mère lui
sourit..... mais ne lui répond pas!
Entrons.
Le vieux berger rêve à ton doux langage,
Philis
, il te regarde, il est moins abattu.
On est calme avec toi,
même au bruit de l’orage ;
O Philis ! on est bien auprès de la vertu !
Tandis que ses
moutons sous la feuillée obscure
Arrachent
à la terre une humide verdure,
Je lui raconterai, pour charmer ta frayeur,
Le plus beau de mes jours, le jour où je
l’ai vue.
Si tu crains d’un éclair la lueur imprévue,

Tant que je parlerai, cache-toi sur mon c
oeur.
Il m’en souvient,
Philis n’avait pas dix années,
Quand le hasard lia nos
âmes étonnées.
Je l’aimai plus que
moi, plus qu’un petit agneau
Que j’offris à Philis, et qu’elle trouvait beau.
C’était un jour de fête, et cet
agneau volage
S’enfuit, malgré mes cris, loin de notre village.
Sous ce
bouquet de houx qui cache une maison.
L’agneau vint se jeter..
... Hélas! qu’il eut raison !
J’y rencontrai Philis ; je crus la reconnaître ;
Je crus l’avoir aimée avant
mêmede naître,
Je sentis que
mon cour s’enfuyait vers le sien,
Et je vis
dans ses yeux qu’elle attendait le mien.
Elle avait à ses pieds
sa guirlande effeuillée ;
Elle pleurait.
... C’était une rose mouillée.
Saisi de sa douleur, je ne pouvais parler ;
Je ne pouvais la joindre, hélas !
ni m’en aller.
Son œil noir dans les pleurs brillait comme une étoile,
Ou comme
un doux rayon quand il pleut au soleil.
On eût dit que
mes yeux se dégageaient d’un voile,
Et
que ce doux regard enchantait mon réveil !
J’oubliaimon hameau, mes parens, ma chaumière ;
Mon
âme pour la voir venait sous ma paupière :
J’oubliai de punir l’agneau capricieux ;
Je regardais Philis, et je voyais les cieux.
« Qui t’alarme, lui dis-je, ô petite bergère ?
As-tu peur d’un belier caché dans la bruyère?
»
Ou quelque méchant pâtre, en grossissant sa voix,
� Ose-t-il t’empêcher de courir dans le bois ?
Je voudrais... je voudrais savoir commeon t’appelle ?
Moi, je suis Olivier. — Je suis Philis, dit-elle.
Je n’ai vu qu’un agneau qu’appelait un enfant,
Et je n’ai pas eu peur à la voix d’un méchant.
Mais, en cueillant des fleurs pour couronner matête,
» Je disais : Ce fut donc encore un jour de fête,
Puisqu’on m’avait parée avec de blancs atours,
� Que ma mère en priant s’endormit pour toujours.
Elle avait demandé le pasteur du village ;
»
Le pasteur avait dit : Espérance et courage !
Il bénit son sommeil ; et, pleurant avec nous,
Parlait bas à mon père immobile à genoux.
»
Les bergers pour la voir entouraient la chaumière.
Son nom, qu’ils aimaient tous, unissait leur prière.
Sous le même rideau je voulus me cacher.
»
Mon père, en gémissant, put seul m’en détacher.
Vers le soir, dans son lit un ange vint la prendre ;
Il emporta ma mère, et je la vis descendre »
A travers le sentier qu’éclairaient deux flambeaux :
On chantait, mais ce chant m’arrachait des sanglots.
Je lui tendais les bras, du haut de la montagne,
Quand je vis des hiboux voler dans la campagne :
»
Je n’osai plus crier : ma voix me faisait peur;
»
Son nom, quim’étouffait, s’enferma dans mon cœur.
L’ombre m’enveloppa : le reste, je l’ignore :
On me trouva plongée en un profond sommeil ;
Hélas! dans ce sommeil on pleure, on aime encore,
»
Il en est un, dit-on, sans amour, sans réveil !
Depuis ce jour de fête on n’a pas vu ma mère;
Au sentier, chaque soir, elle appelle mon père ;
Mais, quand je veux savoir s’il l’a vue en chemin,
Il soupire et me dit : Je la verrai demain !
Voilà, petit berger, la cause de mes larmes.
A mon père attristé je cache mes alarmes;
»
Pour lui plaire, souvent je me pare de fleurs ;
Et j’apprends à sourire, en retenant mes pleurs. »
So
i. père l’écoutait à travers la fenêtre ;
Je le pris pour le mien, en le voyant paraître
;
D’un air triste et content il sourit à Philis,
Et
depuis ce moment il m’appela son fils.
L’agneau sautait près d’elle et broutait sa couronne ;
Hors de
moi, je saisis ce précieux larcin :
En tremblant de plaisir, je le mis dans mon sein.
« Si mon agneau te plaît, prends-le, je te le donne,
Dis-je alors à Philis. Chaque jour, chaque soir,
Si ton père y consent, je reviendrai le voir.
Il semble qu’ildemande et choisit sa maîtresse ;
Comme il me caressait, je vois qu’il te caresse.
Les nœuds pour l’arrêter sont déjà superflus ;
Tu lui parles, Philis, il ne m’écoute plus! »
Son père, en l’embrassant, nous
permit cet échange.
Il fallut m’en aller. Je courus
sous la grange,
A mes tendres parens raconter mon bonheur ;
Je montrai la guirlande encore sur mon cour :
Je parlais de Philis, et j’embrassais ma
mère,
Je brûlais que le jour nous rendît sa lumière ;
En respirant
les fleurs enfin je m’endormis,
Etmon rêve disait : Philis ! Philis ! Philis !
Ce
nom charme en tous lieux mon oreille ravie ;
Il a frappé mon
âme et commencé ma vie ;
Mes lèvres
en dormant le savent prononcer,
Et, dans l’ombre, ma
main essaie à le tracer ;
C’est pour l’unir au mien que j’apprends à l’écrire...
,
Éveille-toi, Philis ! je n’ai plus rien à dire.
Tu peux ouvrir les yeux, le calme est de retour ;
Le soleil épuré recommence un beau jour ;
Avant
de les quitter, il sèche nos campagnes,
Et
de ses derniers feux redore les montagnes.
O berger ! si le ciel
ici t’a fait venir,
C’est que le ciel nous aime, et qu’il va nous bénir !
Mais tes
moutons joyeux se jettent dans la plaine ;
La
pluie et la poussière ont pénétré leur laine ;
Demain, dans le ruisseau qui
baigne le vallon,
J’irai t’aider moi-même
à blanchir leur toison ;
J’irai..
... de ma Philis tu vois venir le père ;
Elle court dans ses bras, et l’atteint la première.

O berger ! si jamais, seul et loin de ton fils,
L’orage te surprend, souviens-toi de Philis !
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