Deuxième version
¤LE RÊVE DE MON ENFANT.
1. 36

LE
RÊVE DE MON ENFANT.
A MADAME PAULINE DUCHAMBGE
.
ÈRE ! petite mère! » Il m’appelait ainsi :
Et
moi, je tressaillais à cet accent si tendre ;
Tout
mon être agités’éveillait pour l’entendre ;
Je ne l’entendrai
plus : il ne dort plus ici.
Où retentit sa voix qui
calmait ma souffrance,
· Commela voix de l’espérance,
Formée ( on l’aurait dit ) de rosée et de
miel ?
424
ÉLÉGIES.
Le ciel en fut jaloux, elle doit être au ciel.
Non, elle est dans
mon coeur : je l’y tiens enfermée ;
Elle soupire encore, elle parle avec moi.
Durant
mes longues nuits, cette voix tant aimée
Me
dit : « Nepleure plus ! je ne dors pas pour toi. »
Oh !
moitié demavie, à ma vie arrachéc !
Viens! redis-moi
ton rêve; il m’a prédit ton sort.
Que ta plainte, une fois de
mon cour épanchée,
Rappelle un jeune
cygne et son doux chant de mort.
« Écoute, m’as-tu dit, écoute mon beau songe : »
Le premier... le dernier qui berça ton sommeil
!
De ce récit confus, prophétique mensonge,
Cher innocent
, tu vins saluermon réveil.
« Écoute ! je dormais ; j’avais dit maprière.
« J’ai vu venir versmoideux anges : qu’ils sont beaux !
« Je voudrais être un ange. Ils portent
des flambeaux
«
Que le ventn’éteint pas. L’un d’eux a dit :Mon frère, -
« Nous venons
te chercher;veux-tu noussuivre? - Oh !oui,
ÉLÉGIES. 425

« Je veux vous suivre..
On chante; est-ce f�te aujourd’hui?
« - C’est fête. Viens chercher des parures nouvelles.
« Et mes bras s’étendaient pour imiter leurs ailes
;
« Je m’envolais comme eux, je riais... j’avais peur
!
«
Dieu parlait ! Dieu pourmoimontrait une couronne :
« C’est aux enfans chéris que sa bonté la donne,
« Et Dieu me
l’a promise, et Dieu n’est pas trompeur.
« J’irai bientôt le voir
; j’irai bientôt... - Mavie !
« Où donc étais-je alors
? --- Attends... je ne sais pas...
« Tu pleurais sur la terre, où je t
avais suivie.
« – Tume laissais pleurer ? Je t’appelais tout bas.
« — Tu voulais me revoir? —Je nepouvais, ma mère,
« Dieu ne t’appelait pas. » Un froid saisissement
Passa jusqu’à mon coeur, et cet être charmant,
Calme, rêvait encor sa céleste chimère.
Dès
-lors un malsecret répandit sa pâleur
Sur ce front incliné, qui brûlait sous mes
larmes.
Je voyais se détruire avant
moitantde charmes,
36.
426 É
LÉGIES.
Comme un fr�
le bouton s’effeuille avant la fleur :
Je le voyais ! et moi, rebelle... suppliante,
Je disputais un ange à l’immortel séjour.
Après soixante jours de deuil et d’épouvante,
Je criais vers le ciel :
« Encore, encore un jour! »
Vainement. J’épuisai
mon ametout entière,
A ce berceau plaintif j’enchaînai
mes douleurs ;
Repoussant le sommeil et m’abreuvant de pleurs,
Je criais à la mort :
« Frappe-moi la première! »
Vainement. Et la mort, froide dans son courroux,
Irritée à l’espoir qu’elle accourait éteindre,
En moissonnant
l’enfant, ne daigna pas atteindre
La
mère expirante à genoux.
Et quand je reparus
morne et découronnée,
Après avoir long-temps craint
jusqu’à l’amitié,
Cette troupe légère, un moment consternée,
Suspendit ses plaisirs, et sentit la pitié.

« D’où viens-tu, m’a-t-on dit, et quels nuages sombres
ÉLÉGIES. 427..
« Ont environné d’ombres
« Tes yeux
noyés de pleurs ? -
« Ton soir est loin encore,
« Et ta paisible aurore
«
ľavait promis des fleurs. »
Oui, la rose a brillé sur mon riant voyage
;.
Tous les yeux l’admiraient dans son jeune feuillage;
L’étoile du matin l
aidait à s’entr’ouvrir,
Et l’étoile du soir la regardait
mourir.
Vers
la terre déjà sa tête était penchée ;
L’insecte inaperçu s’y creusait un tombeau ;
Sa feuille murmurait en tombant
desséchée :
« Déjà la nuit ! déjà... Lejour était si beau ! »

















  Première version
¤LE RÊVE DE MON ENFANT.
A MADAME PAULINE DUCHAMBGE
,
« MÈRE!
ÈRE ! petite mère ! » Il m’appelait ainsi ;
Et
moi, je tressaillais à cet accent si tendre :
Tout
mon être agité s’éveillait pour l’entendre ;
Je ne l’entendrai
plus. Il ne dort plus ici.
Où retentit sa voix qui
calmait ma souffrance,
Comme la voix de l’espérance;
Formée ( on l’aurait dit ) de rosée et de
miel :
Le ciel en fut jaloux, elle doit être au ciel.
Non, elle est dans
mon cour: je l’y garde enfermée;
Elle soupire encore, elle parle avec moi.
Durant
mes longues nuits, cette voix tant aimée
Me
dit : Ne pleure plus ! je prie encor pour toi.
Oh !
moitié de ma vie, à ma vie arrachée !
Viens! redis-moi
ton rêve ; il m’a prédit ton sort.
Que ta plainte, une fois de
mon caur épanchée,
Rappelle un jeune
cygne et son doux chant de mort.
Écoute ! m’as-tu dit, écoute mon beau songe.
Le premier... le dernier qui berça ton sommeil
.
De ce récit confus, prophétique mensonge,
Cher innocent
! tu vins saluer mon réveil.
Écoute ! je dormais ; j’avais dit ma prière.
J’ai vu venir vers moi deux anges : qu’ils sont beaux!
« Je voudrais être un ange. Ils portent
des flambeaux,
''
Que le vent n’éteintpas. L’un d’eux adit : Mon frère,
« Nous venons
te chercher; veux-tu nous suivre ? Oh ! oui:
« Je veux vous suivre..
On chante; est-ce f�te aujourd’hui?
uc
ÉLÉGIES. 67
- C’est fête. Viens chercher des parures nouvelles.
« Et mes bras s’étendaient pour imiter leurs ailes
;
« Je m’envolais comme eux, je riais... j’avais peur
:
Dieu parlait! Dieu pour moimontraitunecouronne;
« C’est aux enfans chéris que sa bonté la donne,
« Et Dieu me
l’a promise, et Dieu n’est pas trompeur.
« J’irai bientôt le voir
. -Oh! mon enfant, ma vie,
« Où donc étais-je alors
? — Attends... Je ne sais pas...
« Tu pleurais sur la terre, où je t
avais suivie.
Tu me laissais pleurer ? -Je t’appelais tout bas.
- Tu voulais me revoir ? —Je ne pouvais, ma mère,
« Dieu ne t’appelait pas. » Un froid saisissement
Passa jusqu’à mon coeur, et cet être charmant,
Calme, rêvait encor sa céleste chimère.
Dès
lors un mal secret répandit sa pâleur
Sur ce front incliné, qui brûlait sous mes
larmes.
Je voyais se détruire avant
moi tant de charmes,
68 É LÉGIES.
Comme un fr�
le bouton s’effeuille avant la fleur :
Je le voyais ! et moi, rebelle... suppliante,
Je disputais un ange à l’immortel séjour.
Après soixante jours de deuil et d’épouvante,
Je criais vers le ciel :
Encore, encore un jour!
Vainement. J’épuisai
mon ame tout entière,
A ce berceau plaintif j’enchaînai
mes douleurs,
Repoussant le sommeil et m’abreuvant de pleurs,
Je criais à la mort :
Frappe-moi la première !
Vainement. Et la mort, froide dans son courroux,
Irritée à l’espoir qu’elle accourait éteindre,
En moissonnant
l’enfant, ne daigna pas atteindre
La
mère expirante à genoux.
Et quand je reparus
morne et découronnée,
Après avoir long-temps craint
, jusqu’à l’amitié,
Cette troupe légère, un moment consternée,
Suspendit ses plaisirs, et sentit la pitié.

ÉLÉGIES 69

« D’où viens-tu, m’a-t-on dit, et quels nuages sombres
« Ont environné d’ombres
« Tes yeux
brûlés de pleurs ?
« Ton soir est loin encore,
« Et ta paisible aurore
«
T’avait promis des fleurs. »
Oui, la rose a brillé sur mon riant voyage
;
Tous les yeux l’admiraient dans son jeune feuillage;
L’étoile du matin l
aidait à s’entr’ouvrir,
Et l’étoile du soir la regardait
mourir.
Vers
la terre déja sa tête était penchée ;.
L’insecte inaperçu s’y creusait un tombeau ;
Sa feuille murmurait en tombant
desséchée :
Déja la nuit ! déja... Le jour était si beau ! »
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ÉLÉGIES.
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