Deuxième version
¤LES DEUX BERGÈRES.

LES
DEUX BERGÈRES.
DORIS.
S ue fais-tu, pauvre Hélène, au bord de ce ruis
seau :
HÉLÈNE.
Je regarde
mavie, en voyant couler l’eau.
Son cours languit, Doris, il n’aime plus la rive
;
Dans
nos champs qu’il arrose il roule quelque ennui.
Écoute ! il porte au bois sa musique plaintive
;
Et je voudrais au bois me plaindre comme lui.
DORIS.
De quoi te plaindrais-tu ?

62. IDYLLES.

HÉLÈNE.
Je ne saurais le dire.
Ce ruisseau paraît calme, et pourtant il soupire.
On ne sait trop s’il fuit.... s’il cherche...
s’il attend....
Mais il est malheureux, puisque
mon coeur l’entend.
DORIS.
· Tu rêves. Son cristal est pur, vif et limpide;
On le dirait joyeux de caresser des fleurs.
HÉLÈNE.
Pour
moi, j’y reconnais une douleur timide :
Souvent dans un sourire on devine des pleurs.
Toi qui chantes toujours, tu ne peux le comprendre.
Ma
voix n’a plus d’essor, et j’ai le temps d’apprendre
Qu’un chagrin se révèle en soupirant tout bas
:
Si je pouvais chanter, je ne l’entendrais pas
!
DORIS.
S’il parle, il
dit au bois que nous sommes jolies ;
Que s’il a ralenti son cours précipité,

IDYLLES.

C’est qu’il croit voir en toi les grâces
recueillies,
Et qu’il prend du plaisir à doubler ma beauté.
Voilà (
je te dis tout) ce qu’un berger m’assure;
Sa parole est sincère, et, pour preuve, il le jure.
HÉLÈNE.
Il le jure. Ah ! prends garde
! et situ veux bien voir,
Doris, ne choisis pas un flatteur pour
miroir.
DORIS.
Si tu savais son nom, tu serais bien honteuse.
RÉLÈNE..
Bergère, il est berger
; są parole est douteuse.
DORIS.
Il m’a dit qu’au rivage il tracerait un jour,
Pour l’orgueil du ruisseau, mon chiffre et son amour.
HÉLÈNE.
L’
amouraimeà tracer les sermens sur le sable ;
Un coup de vent
répond de sa fidélité :
D’une plume
légère il compose unefable ;
64 IDYLLES.

Ses flèches dans
nos cours gravent la vérité.
DORIS.
Oh ! les tristes leçons ! Du ruisseau qui les donne

Troublons les flots jalo
x ; qu’ils n’affligent personne.
HÉLÈNE.
Tu peux troubler ses flots, mais non pas les tarir.
Quand les jours sont
moinspurs, cessent-ils de courir ?
La pierre d’un long cercle a ridé sa surface
;
Elle tombe, l’eau roule, et le cercle s’efface.
DORIS.
. O ma chère compagne ! en est-il des beaux jours
Comme de ce tableau ?
HÉLÈNE.
C’est celui
des amours.
DORIS.
Mais par une amoureuse et touchante aventure,
Lorsque tu le crois seul, errant et
malheureux,
Il trouve un filet d’eau caché sous la verdure,

IDYLLES. 65 •
DORIS.

Et l’emporte gaîment dans son sein amoureux.
HÉLÈNE.
Mais il arrive à peine au fond de la vallée
;
Surpris par le torrent qui l’entraîne à son tour,
Il y jette
à regret son onde désolée,
Et
les ruisseaux unis s’y perdent sans retour.
DORIS.
Eh bien ! je n’irai pas jusqu’au torrent, bergère,
Donner à leur destin d’inutiles soupirs :
J’irai
me regarder à la source légère
Qui se livre,
naissante, au souffle des zephyrs.
Sur ses rives, de
mousse et de roseaux parées,
Le soir, je conduirai
mes brebis altérées.
Ainsi, dans l’eau, qui change au caprice des vents,
Tu verras tes ennuis, je verrai mes beaux ans.
HÉLÈNE.
Oh ! n’abandonne pas nos tranquilles demeures !
Laisse y couler en paix tes innocentes heures
;
ere
66 IDYLLES.
Nedopue ni
tes pas ni tes voeux au hasard !.
On se hâte, on s’arrête, on tremble...
il est trop tard.
Évite le sentier trop voisin de son onde ;
Il égare, il conduit loin, bien loin du hameau,
Dans
une solitude isolée et profonde,
Où l’eau, commedes pleurs, coule auprès d’un tombeau.
Un
coeur tendre s’y cache au jour qu’il semble craindre ;
Il n’a que ce ruisseau pour l’entendre et le plaindre
:
Peut-êtr
e qu’à lui seul il confie un regret...
Doris, ne va jamais surprendre
son secret ! NG
LA
.d Dexco
  Première version
¤LES DEUX BERGÈRES.
DORIS.
Que fais-tu, pauvre Hélène, au bord de ce ruisseau ?
HÉLÈNE.
Je regarde
ma vie, en voyant couler l’eau.
Son cours languit, Doris, il n’aime plus la rive
;
Dans
nos champs qu’il arrose il roule quelque ennui :
Écoute ! il porte au bois sa musique plaintive
;
Et je voudrais au bois me plaindre comme lui.
DORIS.
De quoi te plaindrais-tu ?

HÉLÈNE.
Je ne saurais le dire.
Ce ruisseau paraît calme, et pourtant il soupire.
On ne sait trop s’il fuit.... s’il cherche...
. s’il attend....
Mais il est malheureux, puisque
mon cœur l’entend.
DORIS.
Tu rêves. Son cristal est pur, vif et limpide ;
On le dirait joyeux de caresser des fleurs.
HÉLÈNE.
Pour
moi, j’y reconnais une douleur timide:
Souvent dans un sourire on devine des pleurs.
Toi qui chantes toujours, tu ne peux le comprendre.
Ma
voix n’a plus d’essor, etj’ai le temps d’apprendre
Qu’un chagrin se révèle en soupirant tout bas
.
Si je pouvais chanter, je ne l’entendrais pas
!
DORIS.
S’il parle, il
dit au bois que nous sommes jolies ;
Que s’il a ralenti son cours précipité,

C’est qu’il croit voir en toi les grâces
recueillies,
Et qu’il prend du plaisir à doubler ma beauté.
Voilà (
je te dis tout) ce qu’un berger m’assure ;
Sa parole est sincère, et, pour preuve, il le jure.
HÉLÈNE.
Il le jure. Ah ! prends garde
! et si tu veux bien voir,
Doris, ne choisis pas un flatteur pour
miroir.
DORIS.
Si tu savais son nom, tu serais bien honteuse.
HÉLÈNE.
Bergère, il est berger
; sa parole est douteuse.
DORIS.
Il m’a dit qu’au rivage il tracerait un jour,
Pour l’orgueil du ruisseau, mon chiffre et son amour.
HÉLÈNE.
L’
Amour aime à tracer les sermens sur le sable ;
Un coup de vent
répond de sa fidélité ;
D’une plume
légère il compose une fable ;
Ses flèches dans
nos cours gravent la vérité.
DORIS.
Oh ! les tristes leçons ! Du ruisseau qui les donne

Troublons les flots jalo
ux ; qu’ils n’affligent personne.
HÉLÈNE.
Tu peux troubler ses flots, mais non pas les tarir.
Quand les jours sont
moins purs, cessent-ils de courir ?
La pierre d’un long cercle a ridé sa surface
;
Elle tombe, l’eau roule, et le cercle s’efface.
DORIS.
O ma chère compagne ! en est-il des beaux jours
Comme de ce tableau ?
HÉLÈNE.
C’est celui
des amours. ·
DORIS.
Mais par une amoureuse et touchante aventure,
Lorsque tu le crois seul, errant et
malheureux,
Il trouve un filet d’eau caché sous la verdure,

Et l’emporte gaîment dans son sein amoureux.
HÉLÈNE.
Mais il arrive à peine au fond de la vallée
;
Surpris par le torrent qui l’entraîne à son tour,
Il y jette
en tribut son onde désolée,
Et
les ruisseaux unis s’y perdent sans retour.
DORIS.
· Eh bien ! je n’irai pas jusqu’au torrent, bergère,
Donner à leur destin d’inutiles soupirs :
J’irai
me regarder à la source légère
Qui se livre,
naissante, au souffle des zephyrs.
Sur ses rives, de
mousse et de roseaux parées,
Le soir, je conduirai
mes brebis altérées.
Ainsi, dans l’eau, qui change au caprice des vents,
Tu verras tes ennuis, je verrai mes beaux ans.
HÉLÈNE.
Oh ! n’abandonne pas nos tranquilles demeures !
Laisse y couler en paix tes innocentes heures
.
Ne donne ni
tes pas ni tes veux au hasard.
On se hâte, on s’arrête, on tremble...
.. il est trop tard.
Enfin ( je te dis tout), apprends que, vers la source,
Deux fois j’ai vu l’été s’éteindre sans chaleur :.
J’ai vu le triste objet qui ralentit sa course,
Et répand sur ses flots
une sombre couleur.
Évite le sentier trop voisin de son onde ;
Il égare, il conduit loin, bien loin du hameau,
Dans
le creux d’une roche isolée et profonde,
Où l’eau, commedes pleurs, coule auprès d’un tombeau.
Un
courtendre s’y cache au jour qu’il semble craindre ;
Il n’a que ce ruisseau pour l’entendre et le plaindre
;
C
e qu’il va murmurant est l’écho d’un regret.....
Mais, si je l’ai trahi, garde-moi
son secret.
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