Deuxième version
¤A MA SOEUR.
1.
A MA SOEUR.
SO U’AI-JE
appris ! le sais-tu ? sa vie est menacée,
On tremble pour ses jours.
J’ai couru...
Je suis faible... etmalangue glacée
Peut à peine....
Ma soeur, je l’aime donc toujours !
Quel aveu, quel effroi, quelle triste lumière
!
En
quoi! ce n’est pas moi quimourrai la première,.
Moi qu’il abandonna, moi
qu’il a pu trahir,
Moi
quifusmalheureuse au point de le haïr,
Qui
l’essayai du moins ! C’est moi qui vis encore !
408
ÉLÉGIES.
Etj’apprends
qu’il semeurt, j’apprends que je l’adore ;
Le voile se déchire en ces
momensaffreux : -
Commentne plus l’aimer quand il n’est plus heureux !
Viens, ma sour... de ses torts tu m’as crue
incapable,
Et
moi, je ne sais plus qui des deux fut coupable :
C’est moi,
mon Dieu ! c’est moi, si vous devez punir ;
Oubliez le passé, je prends son avenir
:
Dans
la tombe quis’ouvre, ah ! laissez -moil’attendre !
Qu’il m’y retrouve un jour calmée et toujours tendre;
Que ma
main le rassure en le guidant vers vous;
Que je lui dise : «
Viens! plus d’absence entre nous;
«
Viens ! j’expiai pour toi ton infidèle flamme. »
Il me
reconnaîtra. Saisi d’un doux remords,
Il ne verra plus que
mon ame,
Il
metrouvera belle alors.
Dieu ! couvrez-le des fleurs qu’en silence il cultive
!
· 409 ÉLÉGIES.

Le monde
estbeau pour lui, l’amourl’attend...qu’ilvive !
Donnez-
luitous les biens quimefurent promis ;
Rendez sa jeune gloire à ses jeunes amis
;
Qu’ils marchent tous ensemble, et qu’il les guide encore

Vers ces lauriers lointains que le bel âge adore
!
Cette foule riante
, à l’aspect d’un cercueil
Allez
-vous la changer en cortège de deuil?
N’achèveront-ils pas leur veille
harmonieuse ?
En
exilerez-vous sa voix mélodieuse ?
Le départ
d’un amirompt souvent tous les jeux ;
C’est un anneau brisé qui déjoint d’autres n
æuds ;
Ah ! laissez-
les chanter ! et que sa rêverie
Porte un jour quelques fleurs à ma
cendre flétric ;
Que des parfums si doux consolent
mes cyprès;
Qu’il vive de
mavie, et je meurs sans regrets !
Ma
vie, hélas ! c’est peu ; mais il souffre, et j’implore.
Jetez, jetez sur moi ce
mal qui le dévore ;
Qu’il vive enfin... (
Cruel, juge si je t’aimais ! )
41
0 ÉLÉGIES
.
Qu’il vive pour un
e autre et m’oublie à jamais !
Dis, crois
-tu que le ciel m’exauce et lui pardonne,
Masoeur, ou que le ciel commelui m’abandonne?
Qu’il rejette ma vie en le privant du jour,
Et punisse la haine où se cachait l’amour ?...
Tu fais bien d’écouter sans répondre à mes
plaintes;
J’aime
mieux ta påleur et tesmuettes craintes;
Ta tristesse m’aide à souffrir
:
Peux-tu me consoler
,ma soeur, il va mourir !
Priez pour lui, moi je succombe
.
La porte s’ouvre
... elle retombe....
Ah
!... que ce bruit sourd m’a fait peur !
On dirait que la mort
a passé sur mon cour.
Voyez-vous ses amis
? leur silence est horrible !
Allons au
-devant d’eux, parlez, demandez -leur...
Non, la force me
manque et je crains le malheur ;
ÉLÉGIES.
411
Hélas ! si
vous saviez, que son poids est terrible !
Que nous répondraient-ils
?...mais ils sont déjà loin.
De m’arracher le c
æurnul ne prendra le soin ;.,
J’ignorerai son sort, on m’y croit étrangère;
Et près de sa demeure, et si triste, et si chère,
Personne, excepté vous, n’aurait guidé
mes pas:
Quand j’expire à sa porte, on ne m’y connaît pas.
Pourquoi
souffriraient-ils de ma lente agonie ?
Dans la foule perdus, oh !
ma chère Eugénie,
Nous croyons l’univers instruit de nos douleurs,
Et
même aux cours heureux nous demandons des pleurs.
Laissez
-moi seule, allez, retournez la première.
Voyez, le ciel se couvre, et le jour va finir ;
Voyez sous ces rideaux tre
inbler unelumière ;
C’est là peut-être... et moi, que vais-je devenir
?
On ferme lentement
; il semble que l’on pleure:
41
2 ÉLÉGIES.
Oh ! que je voudrais voir !
Écoutez cette cloche
, écoutez....Non, c’est l’heure,
Enfin, c’est la prière, et c’est encor l’espoir !
Priez pour lui, priez
! laissez... quittez l’envie
De rappeler le temps où j’ai cru le haïr :

Ma s
eur, obtiens des cieux qu’ils luirendent la vie ;
Après, tu me diras qu’il faut encor le fuir.
  Première version
¤A MA SOEUR.
Qu’ai-je appris, le sais-tu ? Sa vie est menacée,
On tremble pour ses jours.
J’ai couru...
je suis morte, et ma langue glacée,
Peut à peine....
Ma soeur, je l’aime donc toujours !
Quel aveu, quel effroi, quelle triste lumière
.
Eh
quoi! ce n’est pas moi qui mourrai la première,
Moi qu’il abandonna, moi
qu’il a pu trahir,
Moi
, qui fus malheureuse au point de le haïr,
Qui
l’essayai du moins. C’est moi qui vis encore !
Etj’apprends
qu’ilse meurt, j’apprends que je l’adore,
Le voile se déchire en ces
momens affreux :
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0 ÉLÉGIES
Comment ne plus l’aimerquand il n’est plus heureux!
Viens, ma sour... de ses torts tu m’as crue
incapable,
Et
moi, je ne sais plus qui des deux fut coupable :
C’est moi,
mon Dieu ! c’est moi si vous devez punir;
Oubliez le passé, je prends son avenir
:
Dans
la tombe quis’ouvre,ah ! laissez-moi l’attendre !
Qu’il m’y retrouve un jour calmée et toujours tendre;
Que ma
main le rassure en le guidant vers vous ;
Que je lui dise : «
Viens ! plus d’absence entre nous,
«
Viens ! j’expiai pour toi ton infidèle flamme. »
Il me
reconnaîtra. Saisi d’un doux remords
Il ne verra plus que
mon âme,
Il
me trouvera belle alors.
Dieu ! couvrez-le des fleurs qu’en silence il cultive
;
Le monde
est beau pourlui, l’amour l’attend... qu’il vive !
Donnez-
lui tous les biens qui me furent promis ;
Rendez sa jeune gloire à ses jeunes amis
;
ÉLÉGIES.
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Qu’ils marchent tous ensemble, et qu’il les guide encore
,
Vers ces lauriers lointains que le bel âge adore
.
Cette foule riante
à l’aspect d’un cercueil,
Allez
-vous la changer en cortège de deuil ?
N’achèveront-ils pas leur veille
harmonieuse ?
En
exilerez-vous sa voix mélodieuse ?
Le départ
d’un ami rompt souvent tous les jeux;
C’est un anneau brisé qui déjoint d’autres n
euds:
Ah ! laissez-
les chanter ! et que sa rêverie
Porte un jour quelques fleurs à ma
cendre flétrie ;
Que des parfums si doux consolent
mes cyprès,
Qu’il vive de
ma vie et je meurs sans regrets !
Ma
vie hélas, c’est peu, mais il souffre et j’implore.
Jetez, jetez sur moi ce
mal qui le dévore,
Qu’il vive enfin... (
Cruel, juge si je t’aimais !)
Qu’il vive pour un
autre et m’oublie à jamais.
Dis, crois
-tu que le ciel m’exauce et lui pardonne,
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Ma seur
, ou que le ciel comme lui m’abandonne ?
Qu’il rejette ma vie en le privant du jour,
Et punisse la haine où se cachait l’amour ?...
Tu fais bien d’écouter sans répondre à mes
plaintes ;
J’aime
mieux ton silence et tes pieuses craintes ;
Ta tristesse m’aide à souffrir
;
Peux-tu me consoler
ma seur, il va mourir !
Priez pour lui, moi je succombe
:
La porte s’ouvre
, - elle retombe,
Ah
!... que ce bruit sourd m’a fait peur !
On dirait que la mort
passe auprès de mon cæur.
Voyez-vous ses amis
? ciel ! quel silence horrible !
Allons au
-devant d’eux, parlez, demandez-leur...
Non, la force me
manque et je crains le malheur,
Hélas ! si
tu savais, que son poids est terrible!
Que nous répondraient-ils
!... mais ils sont déja loin :
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De m’arracher le c
our nul ne prendra le soin ;
J’ignorerai son sort, on m’y croit étrangère;
Et près de sa demeure, et si triste, et si chère,
Personne, excepté vous, n’aurait guidé
mes pas ;
Quand j’expire à sa porte, on ne m’y connaît pas.
Pourquoi
souffriraient-ils de ma lente agonie.
Dans la foule perdus, oh !
ma chère Eugénie,
Nous croyons l’univers instruit de nos douleurs,
Et
même aux caurs heureuxnous demandons des pleurs.
Laissez
-moi seule, allez, retournez la première.
Voyez, le ciel se couvre, et le jour va finir ;
Voyez sous ces rideaux tre
mbler une lumière ;
C’est là peut-être... et moi, que vais-je devenir
!
On ferme lentement
; il semble que l’on pleure:
Oh ! que je voudrais voir !
Écoutez cette cloche
... Ah ! sans doute, c’est l’heure,
5.
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ÉLÉGIES.
Enfin, c’est la prière, et c’est encor l’espoir !
Priez pour lui, priez
! laissez... quittez l’envie
De rappeler le temps où j’ai cru le haïr :

Ma s
oeur, obtiens des cieux qu’ils lui rendent la vie,
Après, tu me diras qu’il faut encor le fuir.
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