Deuxième version
¤A MA SOEUR.

A MA SOEUR.
V UE
veux-tu ? je l’aimais. Lui seul savaitmeplaire;
Ses traits, sa voix, ses v
œux lui soumettaientmes v�ux.
Tendre comme l’amour, terrible en sa colère...
(Plains-moi, connais
-moi toute à mes derniers aveux,
Je l’aimais ! j’adorais ce tourment de
ma vie ;
Ses jalouses erreurs m’attendrissaient encor
;
Il me faisait mourir, et je disais
: J’ai tort.
A douter de moi-même
il m’avait asservie.
Toi
! tu n’aurais pu voir ses pleurs sansmehair ;
34
39
8 ÉLÉGIES.
Sans
pleurer avec lui tu n’aurais pu l’entendre ;
Oui, j’accusais
mon coeur que tu connais si tendre ;
Oui, je disais
: J’ai tort, en me sentant mourir.
Ainsi
, l’humble roseau, tourmenté par l’orage,
Sous
un ciel menaçant incline son courage,
Et se relève encor d’un souffle ranimé :
Je retrouvais la vie en son regard calm
é.
Pas une plainte, alors, de sa voix consolante
N’osait troubler l’accent qui
reprenait mon cour;
Et comme
lui soumise, et ravie et tremblante,
De
cet orage éleint j’oubliais la rigueur.
Quel doux saisissement, Dieu ! quel
muet délire,
Quand son front se cachait
sur ce cour éperdu,
Qu’il demandait pardon, qu’il m’était tout rendu,
Que je sentais ses pleurs mêlés à mon sourire
!
Je n’avais pas souffert, il pleurait. Mais,
ma soeur,
Je ne
parlerai plus de ses torts, de ses larmes,
Ses torts où tant d’amour répandait tant de charmes
:
ÉLÉGIES 399

Je n’ai plus qu’à subir sa tranquille douceur.
Sa douceur, l’inflexible ! oh
! commeil m’a punie
De l’empire d’un jour,
Où p
eritmon bonheur, dont la paix fut bannie,
Et qu’irrité de craindre il
détruit sans retour.
Sans retour ! le crois-tu ? dis
-moi que je m’égare ;
Dis qu’il veut m’éprouver, mais qu’il n’est point barbare
;
Dis qu’il va revenir, qu’il revient...
Trompe-moi,..
Mais obtiens qu’il me
trompe à son tour commetoi.
Va le lui demander, va l’implorer... Demeure :
L’orgueil est entre nous, il glace, il est mortel.
.
N’est-ce pas qu’il me
fuit, et qu’il faut que je meure?
N’est-ce pas queje souffre, et que l’homme est cruel
?
Ne
l’accuse jamais. Songe que je l’adore,
Puisque je vis encore :
Avant qu’à le trahir j’accoutume
mavoix,
Ma
sæur, j’aurai parlé pour la dernière fois.
400 ÉLÉGIES.
Tout
change, il a changé; d’où vient que j’en murmure?
Pourquoi ces pleurs amers
dontmon coeur est baigné?
Que l’amour a de pleurs quand il est dédaig
ué!
Tout change, il a changé. C’est là sa seule injure
;
Et
s’il fuit un bonheur quin’a pu le toucher,
Ce n’est pas à l’amour à le lui reprocher.
Tes yeux seuls pleins de
moi, s’il daigne un jour y lire,
Lui diront
mes adieux que je n’osailui dire;
Ton nom comme un écho lui parlera de
moi ;
Qu’il soit ton seul reproche en ta douleur
modeste ;
Ah ! je l’en défendrais contre tous... contre toi,
Du peu de force qui
me reste.
Imite mon silence ; un stérile remord
Ne
rallumajamais une flamme épuisée ;
Eu
oubliant qu’il l’a causée,
Dans son étonnement il pleurera ma
mort.
Ma s
cur, j’ai vu la mort à la triste lumière
ÉLÉGIES.. 401

Qui passa tout
-à -coup dans le fond demon cour,
Un soir qu’il m’observait, roulant sous sa paupière

Je ne sais quoi d’amer, de sombre et de moqueur.
Oh ! que l’
ame est troublée à l’adieu d’un prestige !
L’épi touché du vent
tremblemoins sur sa tige,
L’oiseau devant l’éclair
éprouvemoins d’effroi :
Je sentis qu’un malheur tournait autour de
moi.
Pour la première fois, dans sa cruelle adresse,
Jouant
avec mon cour qu’il déchirait...hélas !
U
parlait debonheur sans parler detendresse ;
Il parlait d’avenir, et
neme nommait pas!
Sa main
, quirefusait commelui de m’entendre,
S’éloigna de
mamain ;
Ses yeux
, qui tantde fois me priaient de l’attendre,
Ne disaient plus :
Demain !
P�
le, presque à genoux, suppliante, craintive,
J’ai dit... je n’ai rien dit,
mais on entend les pleurs;
34.
402 ELÉGIES
.
Et ce
morne silence où parlent les douleurs,
Ce cri prêt d’entr’ouvrir le sein qui le captive,

Tout en moi, tout parlait : il n’a pas entendu
!
C’en était fait,
ma seur. Demes larmes suivie,
Je repris la raison sans reprendre la vie :
J’écoutai...
de ses pas le bruit s’était perdu,
J’étais seule. Un enfant qu’abandonne
sa mère,
Dont la voix s’est brisée en une plainte amère,
Qui l’attend immobile, interdit, sans couleur,
Trou
ye un aspectmoins triste � son premier malheur ;
Un
poids moinsdouloureux étouffe la pensée,
Dans son
ame oppressée ;
Un fantôme
moins noir l’épouvante et l’atteint,
Lorsqu’à ses yeux en pleurs l’espoir... le jour s’éteint
.
Le voilà donc fini mon court pélerinage
!
Ciel
! que le sien plus beau soit ombragé de fleurs ;
Et,
loin de le punir de mes tendresmalheurs,
ÉLÉGIES. 4
03
Qu’un suave laurier couronne son bel âge
...
Qui fait fuir dans son nid cet
oiseau palpitant?
De
ma dernière nuit c’est l’ombre avant-courrière :
Vois comme
, en s’élevant de la noire bruyère,
Aux fleurs de ma fenêtre elle monte et s’étend :
Embrasse
-moi,masoeur, car son aile invisible
M’a touchée et m’entraîne en un sommeil paisible.
Ce
rayon quis’enfuit, non, ce n’est plus le jour,
Ce n’est plus le malheur,
non, ce n’est plus l’amour;
C’est
madernière nuit. Déjà froide comme elle,
Ma
mémoire n’est plus qu’un miroir infidèle.
Oui, tout change,
masoeur, touts’efface, etje sens
Que la paix
ou la mort a coulé dans mes sens.
I
  Première version
¤A MA SOEUR.
ue veux-tu,jel’aimais. Lui seul savait me plaire :
Ses traits, sa voix, ses v
oeux lui soumettaient mes v�ux.
Tendre comme l’amour, terrible en sa colère...
(Plains-moi, connais
-moi toute à mes derniers aveux)
Je l’aimais ! j’adorais ce tourment de
ma vie ;
Ses jalouses erreurs m’attendrissaient encor
:
Il me faisait mourir, et je disais
, J’ai tort.
A douter de moi-même
il m’avait asservie.
Toi
! tu n’aurais pu voir ses pleurs sans me haïr;
Sans
pleurer avec lui tu n’aurais pu l’entendre ;
Oui, j’accusais
mon cour que tu connais si tendre ;
Oui, je disais
, J’ai tort, en me sentant mourir.
ÉLÉGIES. 43

Ainsi
l’humble roseau tourmenté par l’orage,
Sous
un ciel menaçant incline son courage,
Et se relève encor d’un souffle ranimé :
Je retrouvais la vie en son regard calm
e,
Pas une plainte, alors, de sa voix consolante
N’osait troubler l’accent qui
reprenait mon cæur;
Et comme
lui soumise, et ravie et tremblante,
De
cet orage éteint j’oubliais la rigueur.
Quel doux saisissement, Dieu ! quel
muet délire,
Quand son front se cachait
sur ce cour éperdu,
Qu’il demandait pardon, qu’il m’était tout rendu,
Que je sentais ses pleurs mêlés à mon sourire
!
Je n’avais pas souffert, il pleurait. Mais,
ma seur,
Je ne
parlerai plus de ses torts, de ses larmes,
Ses torts où tant d’amour répandait tant de charmes
.:
Je n’ai plus qu’à subir sa tranquille douceur.
Sa douceur, l’inflexible ! oh
! comme il m’a punie,
44 ÉLÉGIES.

De l’empire d’un jour,
Où p
érit mon bonheur, dont la paix fut bannie,
Et qu’irrité de craindre il
détruit sans retour.
Sans retour ! le crois-tu ? dis
-moi que je m’égare,
Dis qu’il veut m’éprouver, mais qu’il n’est point barbare
,
Dis qu’il va revenir, qu’il revient...
trompe-moi,
Mais obtiens qu’il me
trompe à son tour comme toi.
Va le lui demander, va l’implorer... Demeure :
L’orgueil est entre nous, il glace, il est mortel.

N’est-ce pas qu’il me
fuit, et qu’il faut que je meure ?
N’est-ce pas queje souffre, et que l’homme est cruel
!
Ne
l’accuse jamais. Songe que je l’adore,
Puisque je vis encore :
Avant qu’à le trahir j’accoutume
ma voix,
Ma
scur, j’aurai parlé pour la dernière fois.
Tout change, il a changé; d’où vient que j’en murmure?
Pourquoi ces pleurs amers
dont mon coeur estbaigné?
ÉLÉGIES. 45

Que l’amour a de pleurs quand il est dédaig
né!
Tout change, il a changé. C’est là sa seule injure
.
Et
s’il fuit un bonheur qui n’a pu le toucher,
Ce n’est pas à l’amour à le lui reprocher.
Tes yeux seuls pleins de
moi, s’il daigne un joury lire,
Lui diront
mes adieux que je n’osai lui dire.
Ton nom comme un écho lui parlera de
moi ;
Qu’il soit ton seul reproche en ta douleur
modeste ;
Ah ! je l’en défendrais contre tous... contre toi,
Du peu de force qui
me reste.
Imite mon silence ; un stérile remord
Ne
ralluma jamais une flamme épuisée.
En
oubliant qu’il l’a causée,
Dans son étonnement il pleurera ma
mort.
Ma s
oeur, j’ai vu la mort à la triste lumière,
Qui passa tout
à coup dans le fond de mon cour,
Un soir qu’il m’observait, roulant sous sa paupière
,
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Je ne sais quoi d’amer, de sombre et de moqueur.
Oh ! que l’
âme est troublée à l’adieu d’un prestige !
L’épi touché du vent
tremble moins sur sa tige,
L’oiseau devant l’éclair
est moins saisi d’effroi;
Je sentis qu’un malheur tournait autour de
moi.
Pour la première fois, dans sa cruelle adresse,
Jouant
avec mon cour qu’il déchirait... hélas,
Il
parlait de bonheur sans parler de tendresse.
Il parlait d’avenir, et
ne me nommait pas !
Sa main
qui refusait comme lui de m’entendre,
S’éloigna de
ma main :
Ses yeux
qui tant de fois me priaient de l’attendre,
Ne disaient plus :
demain !
P�
le, presque à genoux, suppliante, craintive,
J’ai dit... je n’ai rien dit,
mais on entend les pleurs.
Et ce
morne silence où parlent les douleurs,
Ce cri prêt d’entr’ouvrir le sein qui le captive,

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Tout en moi, tout parlait : il n’a pas entendu
,
C’en était fait,
ma saur. De mes larmes suivie,
Je repris la raison sans reprendre la vie :
J’écoutai...
de ses pas le bruit s’était perdu,
J’étais seule. Un enfant qu’abandonne
sa mère,
Dont la voix s’est brisée en une plainte amère,
Qui l’attend immobile, interdit, sans couleur,
Trou
ve un aspect moins triste ��son premier malheur;
Un
poids moins douloureux étouffe la pensée,
Dans son
âme oppressée;
Un fantôme
moins noir l’épouvante et l’atteint,
Lorsqu’à ses yeux en pleurs l’espoir... le jour s’éteint
,
Le voilà donc fini mon court pélerinage
.
Ciel
! que le sien plus beau soit ombragé de fleurs;
Et
loin de le punir de mes tendres malheurs,
Qu’un suave laurier couronne son bel âge

Qui fait fuir dans son nid cet
oiseau palpitant ?
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8 ÉLÉGIES
. 1
De
ma dernière nuit c’est l’ombre avant-courrière.
Vois comme
en s’élevant de la noire bruyère,
Aux fleurs de ma fenêtre elle monte et s’étend :
Embrasse
-moi, ma soeur, car son aile invisible,
M’a touchée et m’entraîne en un sommeil paisible.
Ce
rayon qui s’enfuit, non, ce n’est plus le jour,
Ce n’est plus le malheur,
non, ce n’est plus l’amour;
C’est
ma dernière nuit. Déja froide comme elle,
Ma
mémoire n’est plus qu’un miroir infidèle:
Oui, tout change,
ma soeur,tout s’efface, et je sens,
Que la paix
... ou la mort a coulé dans mes sens.
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