Deuxième version
¤
L’INDISCRET



Dans la paix triste et profonde
Où me plongeait ce séjour,
J’ignorais qu’au bruit du monde
On p
eut oublier l’amour :
Quelle est
donc cette voix importune et cruelle
Qui déj
à me détrompe avec un ris moqueur ?
Comme une flèche aiguë elle siffle autour d’elle,
Et le trait qu’elle porte a déchiré mon cœur.


Au bord de ma tombe ignorée,
Ciel ! par cette langue acérée,
Faut-il
qu’un nom trop cher puisse m’atteindre encor,
Pour m’apprendre (
nouvelle affreuse ! )
Que j’étais seule malheureuse,
Et qu’on m’oublie avant ma mort !


Du plus sincère amour quel châtiment terrible !

Je n’
étais pas aimée ! ... ô confidence horrible !
Il a
parlé longtemps. Mes yeux, gonflés de pleurs,
Se détournaient en vain de
ses lèvres légères,
Dont le souffle éteignait mes erreurs les plus chères,
Et dont le rire affreux outrageait mes malheurs
.
Lui
n’a vu mon effroi ni ma pâleur extrême ;
L’indiscret n’a point d’âme, il ne devine rien
;
Du bruit de sa parole il s’étourdit lui-même,
Il s’écoute, il s’admire, il se répond : c’est bien !
Loin de moi... Mais sa voix ! elle me frappe encore
;
Son timbre me poursuit
, et partout il m’attend :
Sait-il que je me meurs ? Sait-il que je l’abhorre ?
Il révèle un secret, il parle, il est content.


Ah ! j’aurais dû crier : c’est moi... je l’aime... arrête
!
Par ton Dieu, par ta mère et tes premiers amours,

Dis qu’il n’est point parjure
; oh ! dis-le ! je suis prête
À t’entendre, à tout croire, à t’écouter toujours.
Mais non, il n’a pas vu ma main
, faible et glacée,
Rassembler mes cheveux pour voiler mon affront
;
Il n’a pas vu la mort
, par lui-même tracée,
Sous le bandeau de fleurs qui tremblaient sur
mon front.
Aveugle ! il n’a pas vu se
fermer et s’éteindre
Mon œil long
temps fermé !
Quand
j’ai dit : Se peut-il ! ... ma voix n’a pu l’atteindre ;
Il n’a donc
pas aimé ?

Peut-être qu’en naissant il a perdu sa mère,
Qu’il n’a jamais connu le baiser d’une sœur,
Et qu’à ses premiers cris
, une dure étrangère
N’a jamais d’un
e sourire accordé la douceur.

Fuis, dépositaire infidèle
Des secrets impruden
ts confiés à ta foi !
Va ! qui trompe une amante au moins a pitié d’elle
:
Tu trahis un méchant, mais il
l’est moins que toi.
Sa pudeur, ses remords prenaient soin de ma vie ;
Lui-même il frémira du mal que tu me fais :
Il
laissait l’espérance à mon âme asservie,
Il se taisait enfin
; et moi... que je le hais !

Pour tromper tant d’amour qu’il s’imposa de peine
!
Quelle humiliante pitié !
Mais toi, toi qui pour lui m’
inspires tant de haine,
Ah ! prends-en la moitié !
Qu’elle attache à mes pleurs une longue puissance
;
Qu’elle effraie à ton nom l’imprudente innocence
;
Que ton cœur s’intimide à mes cris douloureux ;

Qu’il devienne sensible, et qu’il soit malheureux
!
Oui, puisses-tu brûler, et languir, et déplaire

Au jeune et froid objet qui sau
va t’enflammer ;
Ou plutôt... tremble au vœu qu’invent
é ma colère ,
Puisses-tu long
temps vivre, et ne jamais aimer !
  Première version
¤
L’INDISCRET
.

Dans la paix triste et profonde
Où me plongeait ce séjour,
J’ignorais qu’au bruit du monde
On p
ût oublier l’amour :
Quelle est
cette voix cruelle

Qui déj
a me détrompe avec un ris moqueur ?
Comme une flèche aiguë elle siffle autour d’elle,
Et le trait qu’elle porte a déchiré mon cœur.

Au bord de ma tombe ignorée,
Ciel ! par cette langue acérée,
Faut-il
qu’un nomtrop cherpuissem’atteindreencor,
Pour m’apprendre (
nouvelle affreuse !)
Que j’étais seule malheureuse,
Et qu’on m’oublie avant ma mort !

Du plus sincère amour quel châtiment terrible !

Qu’ai-je fait à celui qui l’inventa pour moi ?
Que mon sort dévoilé m’a fait sentir d’effroi !

Pense-t-il qu’on survive à cette épreuv
e horrible ?
Non, ce n’est pas lui, non ! —Séparés à jamais,

Vous que je crus aimant, et que j’aimais !
Vous n’auriez pas voulu, troublant ma solitude,
Changer en désespoir ma tendre inquiétude ?
Oh ! non ! ce n’est pas vous.
Mes yeux gonflés de pleurs,
Se détournaient en vain de
ces lèvres légères,
Dont le souffle éteignait mes erreurs les plus chères,
Et dont le rire affreux outrageait mes malheurs
:
Il
n’a vu mon effroi ni ma pâleur extrême ;
L’indiscret n’a point d’âme, il ne devine rien
:
Du bruit de sa parole il s’étourdit lui-même,
Il s’écoute, il s’admire, il se répond : c’est bien !
Loin de moi... Mais sa voix ! elle me frappe encore
,
Son timbre me poursuit
et partout il m’attend :
Sait-il que je me meurs ? Sait-il que je l’abhorre ?
Il révèle un secret, il parle, il est content.

Ah ! j’aurais dû crier : c’est moi... je l’aime... arrête
.
Par ton Dieu, par ta mère et tes premiers amours,


Dis qu’il n’est point parjure
, oh ! dis-le !je suis prête
A t’entendre, à tout croire, à t’écouter toujours.

Mais non, il n’a pas vu ma main
faible et glacée,
Rassembler mes cheveux pour voiler mon affront
:
Il n’a pas vu la mort
par lui-même tracée,
Sous le bandeau de fleurs qui tremblaient sur
mon front.
Aveugle ! il n’a pas vu se
troubler et s’éteindre,
Mon œil long
-temps fermé :

Quand
j’ai dit,Sepeut-il !... ma voixn’a pul’atteindre ;
Il n’a donc
rien aimé !

Peut-être qu’en naissant il a perdu sa mère,
Qu’il n’a jamais connu le baiser d’une sœur,
Et qu’à ses premiers cris
une dure étrangère,
N’a jamais d’un
sourire accordé la douceur.
Mais il nomme un ami- : c’est ainsi qu’il appelle
Le seul que dans mon cœurj’osai nommer le mien :
Que ne l’a-t-il pris pour modèle ;
Il serait digne alors d’attester ce lien.
Est-il assez heureux ! peut-il être insensible,
S’il a de ses discours subi l’enchantement :

Quelle oreille inflexible,
L’entendrait vainement ?

Par quelle douce force il commande qu’on l’aime ;
Quelle grâce éloquente embellit sa raison ;
Quel empire modeste, et quel pouvoir suprême !
C’est celui de l’amour, c’est son plus doux poison.

Il a
vait dit unjour : « Que ne puis-je auprès d’elle,»
(Elle alors c’était moi)«que ne puis je chercher,
« Ce bonheur entrevu qu’elle veut me cacher :
« Son cœur paraît si tendre ; oh ! s’il était fidèle ! »
Puis, fixant ses regards sur mon front abattu,
Du charme de ses yeux il m’accablait encore,
Et ses yeux que j’adore,
Portaientjusqu’à mon cœur : «Je te parle,entends-tu ?»
Trop bien.A-t-il soumis mes plus jeunes années ?

Je n’
y trouve que lui, rien,ne me fut si cher :
Et pourtant mes amours, mes heures fortunées,
N’était-ce pas hier ?

Que la vie est rapide et paresseuse ensemble :
Sous ma main qui brûle et qui tremble,
Que sa coupe fragile est lente à se briser :
Ciel ! que j’y bois de pleurs avant de l’épuiser !
NMes inutiles jours tombent comme les feuilles,
· Qu’un vent d’automne emporte en murmurant :
Ce n’est plus toi qui les accueilles,
: Qu’importe leur sort en mourant ?
Eh bien ! que rien ne les arrête ;
Je les donne au tombeau, je m’y traîne à mon tour,
Et comme on oublie une fête,

Jeune encor j’oublîrai l’amour.
Pour beaucoup d’avenir j’ai trop peu de courage,
Oui, je le sens au poids de mes jours malheureux,
Ma vie est un orage affreux,
Qui ne peut être un long orage.
J’entends de l’indiscret le rire délateur ;

Il revient insulter au mal qui me dévore.
Il rirait sur ma tombe, il parlerait encore :
C’es
t l’écho d’uningrat. Que n’est-ce un imposteur !
Fuis, dépositaire infidèle
Des secrets impruden
s confiés à ta foi :
Va ! qui trompe une amante au moins a pitié d’elle
,
Tu trahis un méchant, mais il
l’est moins que toi.
Sa pudeur, ses remords prenaient soin de ma vie ;
Lui-même il frémira du mal que tu me fais :
Il
endormait mon âme aveuglée, asservie,
Il se taisait enfin
, et moi.... que je le hais.
Pour tromper tant d’amour qu’il s’imposa de peine
,
Quelle humiliante pitié !
Mais toi, toi qui pour lui m’
apportes tant de haine,
Ah ! prends-en la moitié !
Qu’elle attache à mes pleurs une longue puissance
,
Qu’elle effraie à ton nom l’imprudente innocence
,
Que ton cœur s’intimide à mes cris douloureux ;


Qu’il devienne sensible, et qu’il soit malheureux
.
Oui, puisses-tu brûler, et languir, et déplaire
,
Au jeune et froid objet qui sau
ra t’enflammer ;
Ou plutôt... tremble au vœu qu’invent
e ma colère :
Puisses-tu long
-temps vivre, et ne jamais aimer.
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