Deuxième version
¤L’ARBRISSEAU.

À MONSIEUR ALIBERT
,

DOCTEUR-MÉDECIN
.

La tristesse est rêveuse… et je rêve souvent !
La nature m’y porte, on lui cède sans peine :
Je rêve au bruit si doux de l’eau qui se promène,
Au murmure du saule agité par le vent.
J’écoute !… un souvenir répond à ma tristesse
!
Un autre souvenir s’éveille dans mon cœur :
Chaque objet me pénètre, et répand sa couleur
Sur le sentiment qui m’oppresse.
Ainsi le nuage s’enfuit,
Pressé par un autre nuage :

Ainsi le flot fuit le rivage,
Cédant au flot qui le poursuit.


J’ai vu languir, au fond de la vallée,
Un
jeune arbuste oublié du bonheur ;
L’Aurore se levait sans éclairer sa fleur ;


Et pour lui la nature était sombre et voilée ;
Ses printemps ignorés s’écoulaient dans la nuit
;
L’Amour
jamais d’une fraîche guirlande
À ses rameaux n’avait laissé l’offrande :
Il fait froid aux lieux qu’Amour fuit !
L’ombre humide éteignait sa force languissante
;
Son front pour s’élever faisait un vain effort
;
Un éternel hiver, une eau triste et dormante
Jusque dans sa racine allait porter la mort.
« Hélas ! faut-il mourir sans connaître la vie !
(Disait le jeune arbuste en courbant ses rameaux)
«
Je n’atteindrai jamais de ces arbres si beaux
La couronne verte et fleurie !
Ils dominent au loin sur les champs d’alentour ;
«
On dit que le soleil dore leur beau feuillage ;
� Et moi, sous leur impénétrable ombrage,
Je devine à peine le jour !
« Vallée où je me meurs, votre triste influence
A préparé ma chute auprès de ma naissance !
«
Bientôt, hélas ! je ne dois plus gémir !
Déjà ma feuille a cessé de frémir !…
Je meurs ! je meurs ! » Ce douloureux murmure
Toucha le Dieu protecteur du vallon
.
C’était le temps où le noir
Aquilon
Laisse
, en fuyant, respirer la nature.
« Non ! dit le Dieu :
qu’un souffle de chaleur

«
Pénètre au sein de ta tige glacée !
«
Ta vie heureuse est enfin commencée ;
Relève-toi, j’ai ranimé ta fleur.
Je te consacre aux nymphes des bocages ;
À mes lauriers tes rameaux vont s’unir ;
Et j’irai quelque jour sous leurs jeunes ombrages
«
Chercher un souvenir. »

L’Arbrisseau, faible encor, tressaillit d’espérance
.
Dans le pressentiment il goûta l’existence :
Comme l’aveugle-né, saisi d’un doux transport,
Voit fuir sa longue nuit, image de la mort,
Quand une main divine entr’ouvre sa paupière,
Et conduit à son
âme un rayon de lumière :
L’air qu’il respire alors est un bienfait nouveau ;
Il est plus pur !
il vient d’un ciel si beau !

Humbles
fleurs, modeste verdure,
Du Dieu qui vous fit naître entourez les autels.
De l’arbuste offrez-lui l
a première parure :
Les plus simples parfums plaisent aux Immortels.

  Première version

¤L’ARBRISSEAU.


À MONSIEUR ALIBERT
.

La tristesse est rêveuse… et je rêve souvent !
La nature m’y porte, on lui cède sans peine :
Je rêve au bruit si doux de l’eau qui se promène,
Au murmure du saule agité par le vent.
J’écoute !… un souvenir répond à ma tristesse
:
Un autre souvenir s’éveille dans mon cœur :
Chaque objet me pénètre, et répand sa couleur
Sur le sentiment qui m’oppresse.
Ainsi le nuage s’enfuit,
Pressé par un autre nuage :


Ainsi le flot fuit le rivage,
Cédant au flot qui le poursuit.

J’ai vu languir, au fond de la vallée,
Un
Arbrisseau flétri par le malheur ;
L’Aurore se levait sans éclairer sa fleur ;

Et pour lui la nature était sombre et voilée ;
Ses printemps ignorés s’écoulaient dans la nuit
.
L’Amour
, jamais d’une fraîche guirlande
À ses rameaux n’avait laissé l’offrande :
Il fait froid aux lieux qu’Amour fuit !
L’ombre humide éteignait sa force languissante
,
Son front pour s’élever faisait un vain effort
:
Un éternel hiver, une eau triste et dormante
Jusque dans sa racine allait porter la mort.
« Hélas ! faut-il mourir sans connaître la vie !
» Disait-il, courbant ses rameaux.
»
Je n’atteindrai jamais de ces arbres si beaux
La couronne verte et fleurie !
Ils dominent au loin sur les champs d’alentour :
»
On dit que le soleil dore leur beau feuillage ;
� Tandis que moi, sous leur épais ombrage,
Je devine à peine le jour !

» Quell
e triste influence
A préparé ma chute auprès de ma naissance ?
»
Bientôt, hélas ! je ne dois plus gémir !
Déjà ma feuille a cessé de frémir !…
Je meurs ! je meurs ! » Ce douloureux murmure
Toucha le Dieu protecteur du vallon
:
C’était le temps où le noir
aquilon
Laisse
en fuyant respirer la nature.
« Non ! dit le Dieu :
Qu’un souffle de chaleur
» Pénètre au sein de ta tige glacée :
»
Ta vie heureuse est enfin commencée ;
Relève-toi ! j’ai ranimé ta fleur.
Je te consacre aux nymphes des bocages ;
À mes lauriers tes rameaux vont s’unir ;
Et j’irai, sous ton ombre, à l’abri des orages,
»
Chercher un souvenir. »
L’Arbrisseau, faible encor, tressaillit d’espérance
;
Dans le pressentiment il goûta l’existence :
Comme l’aveugle-né, saisi d’un doux transport,
Voit fuir sa longue nuit, image de la mort,
Quand une main divine entr’ouvre sa paupière,
Et conduit à son
ame un rayon de lumière ;

L’air qu’il respire alors est un bienfait nouveau ;
Il est plus pur !
il vient d’un ciel si beau !
L’Arbrisseau, couronné de fleurs et de verdure,
Offre au Dieu du vallon sa première parure ;
Elle obtient une place au pied de s
es autels :
Les plus simples parfums plaisent aux Immortels.


Mme. Desbordes.


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