Merci Coluche
Jaillit un jour du monde un homme simple et nu :
nul ne savait son nom ; c’était un inconnu
qui savait dire et faire rire.
Il avait un parler populaire, épicé,
que des gens " bien-pensants " jugeaient fort déplacé…
En attendant, on laissait dire.
On le voyait souvent à la télévision.
Sa verve de faubourg, pleine de dérision,
rassemblait beaucoup de suffrages.
Jamais il ne portait le costume ou l’habit ;
Il ne s’habillait pas : se voulant décrépit,
il ne cherchait point les hommages.
Ce qu’on aimait de lui, c’était sa vérité,
ses mots joyeux et crus, et la simplicité
de sa désarmante franchise.
Il savait fustiger et railler sans détours
la sottise et l’orgueil des requins, des vautours…
et toujours en bras de chemise.
Il savait disséquer la vie de chaque jour
pour épingler au mur les vices de toujours
de gens qu’on disait respectables.
Lui ne respectait rien : richesse, dignité
étaient souvent mensonge, orgueil, duplicité
qu’il étalait nus sur la table.
Soudain… voilà qu’un jour le cynique moqueur
a su montrer à tous qu’il possédait un cœur,
un cœur à la fois fort et tendre.
Donnant tout à la fois sa bourse et son amour,
il a su soulager sans battre le tambour
tous les miséreux, sans attendre !
Alors un peu partout, généreux et vainqueurs,
on a vu s’installer les Restaurants du Cœur
pour remplir les estomacs vides.
Et les chômeurs sans pain, les veuves sans recours,
les pauvres sans-logis sans aide ni secours
venaient nourrir leurs cœurs avides.
Les recroquevillés qui gîtent sous les ponts,
les transis, les gelés, ceux qui marchent en ronds
pour réchauffer leur solitude,
tous les déshérités de ce siècle cruel,
les déchus amoindris sur qui croulait le ciel
revenaient là par habitude.
Une soupe bien chaude annonçait le gala ;
une dense amitié fumait dans chaque plat ;
on sortait le pain de la huche…
La générosité ravivait tout l’éclat
des verres dans lesquels, en veux-tu, en voilà :
on versait le vin de la cruche.
Le service pour tous était bénévolat.
Pour compléter gâteaux, compote ou chocolat,
on servait le miel de la ruche ;
la douceur, la bonté se trouvaient toujours là…
Un homme simple et fort dirigeait tout cela :
on l’appelait : Monsieur Coluche.
Merci, Monsieur Coluche ! Agréez mon salut !
Vous nous avez donné ce qu’on n’attendait plus :
une chance pour l’avenir…
Dans tous les coins de France on peut voir maintenant
des Restaurants du Cœur tout en se promenant…
Vous avez bien fait de venir !
Maurice LAPORTE